• Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
    link
    fedilink
    Français
    arrow-up
    1
    ·
    2 months ago
    Sur les révolutions russes et la suisse

    Je pense ne pas être d’accord sur le fait que les révolutionnaires russes n’étaient pas des gens qui, dès la Révolution, savaient qu’ils voulaient imposer un mouvement autoritaire, si les gens en question sont les bolcheviks. Si c’est l’ensemble de la Révolution, alors oui, mais j’estime que le programme même des bolcheviks impliquait l’autoritarisme dans sa forme pure. Et je pense que ce désaccord est simplement une différence d’approche de l’autoritarisme, j’en ai une définition plus large que la tienne. Ceci-dit iels étaient clairement avant-guardistes (mais pour moi l’avant-guardisme est compatible avec l’autoritarisme, dans sa version “evil”).

    Sur la Suisse, je ne connais pas si bien, mais j’imagine que ça pourrait être l’un des cas-limite de cette 4e option, oui. Mais sinon je dirais qu’on a pas d’exemple de cas dans lesquels ça ait fonctionné, à part le Chiapas où ça a fonctionnouillé (c’est franchement pas une victoire éclatante, mais il y a eu une claire amélioration de la vie politique, de l’accès aux soins et à l’éducation, on ne peut pas leur enlever ça).

    Sur la nécessité de la violence dans la révolution

    Excellente question, je n’ai pas de réponse dont je sois certain. J’imagine que ça dépend du sens qu’on accorde à la violence, mais je vais supposer que du coup c’est tous les “moyens illégaux”. Dans ca cas, je dirais qu’il y a deux sens à la révolution, la révolution “pure” qui implique de la violence, càd ne pas passer par des moyens légaux, et la révolution “large”, qui est un sens très flou de changement soudain (comme les révolutions technologiques).

    Dans la discussion, je parle plutôt de révolution au sens pur. Que LFI parle de révolution citoyenne, c’est clairement au sens “large” et c’est clairement pour séduire leur aile gauche en surfant sur le terme de révolution, ce qui est au mieux un usage qui porte à confusion, au pire un brouillage des lignes volontaires.

    Sur la question écologique

    Je t’accorde bien volontiers le point sur cet excellente analyse des problèmes qui surgiront une fois qu’on aura résolu la majorité des problèmes liés au changement climatique. Je ne sais pas si tu regardes les vidéos de Mr Phi, mais il estime que le véganisme sera une évidence dans un avenir plus ou moins lointain, et qu’on comprendra mal comment on justifiait la consommation de viande avant.

    Ceci dit, je suis un peu en désaccord avec toi sur le point d’avant : certes, pour l’immense majorité des gens il y a une préoccupation quand au changement climatique. Mais je pense que face à ça il y a plusieurs méthodes et plusieurs approches qui ne s’accordent pas, voire s’affrontent frontalement : continuité du mode de vie VS décroissance, primitivisme VS technosolutionisme, etc.

    Le débat autour de l’IA sur l’autre post en témoigne à mon sens, ça cristallise ces deux approches : “surtout pas de l’IA, assez de merdes technologiques qui génèrent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent” VS “surtout de l’IA, il faut pousser nos capacités au maximum pour avoir une chance de s’en sortir”. Je vais pas te mentir, je suis plutôt du premier bord, même si j’ai conscience que l’IA est là pour rester.

    Sur l'autoritarisme et la coercition

    Alors c’est marrant, parce que j’ai l’impression que c’est toi qui le pense de manière binaire. Avec le recul, c’est vrai que de ma part, dire “si X, alors il y a autoritarisme” ça peut sembler binaire, mais je le pensais plus comme “si X, alors il y a une part d’autoritarisme”, même si très diluée. Et à mes yeux, c’est justement cette approche qui prend en compte toutes les formes d’autoritarisme, même les plus ténues, qui est la plus proche d’un spectre, plus en tout cas qu’une approche qui nécessite un seuil arbitraire à partir duquel il y a autoritarisme.

    Ceci étant dit, je pense que c’est des questions de formulation et que sur le fond on est d’accord. Je pense aussi que l’axe lib/aut est très utile, perso je dirais autant que l’axe gauche/droite, mais je comprends qu’on le tienne personnelement comme plus important.

    A mon sens aussi, je considère que c’est une version poussée de l’axe gauche/droite, au sens où je ne conçois pas de libertarisme “de droite”. A mon sens, toutes les formes qui pourraient en relever tombent dans l’une de ces catégories :

    • pas de structure sociale (forme de nihilisme/anomisme) : absolument aucune règle, et dans ce cas je considère que ce n’est pas du libertarisme au sens où ce n’est pas une structure politique, c’est juste l’état du monde.
    • coercicition consentie autorisée, ou encouragée (forme d’ “anarcho”-capitalisme"/libertarianisme) : pas d’Etat, mais les gens peuvent s’obliger mutuellement par contrat. A mon sens, soit la possibilité de consentement faussé (parce que nécessité d’avoir un boulot, manipulations, etc) est prise en compte, et alors on est plutôt de gauche, dans un genre de mutualisme, soit cette possibilité n’est pas prise en compte (à chacun.e de faire gaffe), et alors on ouvre la possibilité à ma définition de l’autoritarisme, et donc on est plus dans du libertarisme. C’est très flou, ça joue sur les définitions de gauche/droite dont on a vu qu’elles étaient intensément fragiles, donc par extension cette take est très fragile, mais j’en suis pas mal convaincu à titre personnel.
    Sur la réforme des retraites (TW blessures physiques)

    Alors, de ce que j’en avais entendu, et de ce que je déduis de ce site du gouvernement, la réforme n’est pas vraiment suspendue, elle est décalée. Ces salopards utilisent le terme “suspendue jusqu’en 2028”, mais l’idée c’est qu’il ne faudra pas de nouvelle loi pour la réinstaurer, elle se mettra en place automatiquement à l’avenir. Donc, à titre personnel, je maintiens ce que j’ai dit, c’est un exemple des contre-pouvoirs qui ne marchent pas.

    Ceci étant dit, il faut t’accorder le point sur le fait que, que ce soit sur ce sujet ou sur d’autres, les contre-pouvoirs ont encore de l’impact, et c’est un bon signe effectivement. Mais d’un autre côté, c’est un bon signe par rapport à quoi ? Perso, je suis d’accord pour dire qu’ils ont “de l’impact”, pas “beaucoup d’impact”. Donc ce serait un bon signe par rapport à un système où les contre-pouvoirs auraient “très peu d’impact”, voir “pas d’impact”. AKA une dictature ou un régime autoritaire. Du coup j’ai du mal à m’attacher à ça comme à un vrai bon signe : oui, c’est un bon signe qu’on ne soit pas encore une dictature, mais comme c’est un bon signe de ne pas avoir une plaie ouverte ou un membre arraché. C’est un peu le minimum de ce qu’on peut attendre d’un système correct, même d’une certaine manière, d’un système mauvais. C’est un bon signe, mais encore heureux que ce bon signe est là, sinon on a quasiment tout perdu. Et à l’inverse, que ce bon signe peine de plus en plus à se manifester, ça devient un mauvais signe par absence de bon signe.

    Parce que autant, encore une fois, tu as raison de le dire, la macronie a des bâtons dans les roues, et je ne le rappelle pas assez. Mais il faut aussi dire qu’elle a pu mettre un paquet de choses en place : plus d’ISF, destruction des services publics (ce qui profite au privé), réformes du travail, etc. Bref, on est pas encore dans une merde noire, mais on est clairement pas dans une situation normale non plus, et la réforme des retraites reste pour moi un très bon exemple de ça !

    Sur les 25%

    Ok, je comprends mieux. On pourrait du coup avoir 25% de convaincu.e.s et 25% supplémentaires nécessaires d’un mélange d’abstentionnistes, d’opportunistes et de suiveurs/suiveuses (ce qui est une analyse réaliste de notre système, et qui me déprime particulièrement quant à l’idolâtrie qu’on fait de la démocratie quand des gens en viennent à voter pour des trucs auxquels iels croient à moitié ou pas du tout, mais bon, c’est comme ça).

    Sur les changements par morceaux et leur rattachement au réformisme ou au révolutionnarisme (TW lgbt-phobie)

    Passage profondément passionnant, qui me fait apprendre beaucoup de détails et me donne un point de vue très intéressant.

    Finalement, je vois ça comme une forme de point de jonction entre réformisme et révolutionnarisme : soit tu fais ton organisation, et tu lui donnes une facade légale, soit tu fais ton organisation, et tu rompts avec le système en place, sans pour autant engager de lutte armée aggressive. Un peu le chaînon manquant entre les deux approches, et je crois que c’est un réel point d’accord de nos deux points de vue.

    Pour revenir sur la notion de violence, j’ai souvent vu l’analyse suivante sur l’évolution autour de l’évolution de la lgbt-phobie : il y a eu un changement culturel profond, et notamment grâce à beaucoup d’efforts associés au réformisme, ou en tout cas d’efforts “légaux”, mais à la racine de tout ça, il y a les émeutes de Stonewall, qui sont particulièrement violentes (et illégales). Ce genre d’analyse insiste souvent sur la nécessité d’avoir à la fois des efforts sur le fond, et des luttes pour la forme, violentes si nécessaire.

    ça me fait aussi m’interroger sur le sens de “réformisme”, et je pense que comme “révolution” il peut avoir deux sens : le réformisme “pur”, qui est l’action institutionnelle, et le réformisme “large”, qui est toute action visant à transformer la société pan par pan plutôt que dans son ensemble. Et finalement, ce réformisme large, càd ce travail de longue haleine sur les préjugés et les constructions sociales, je crois que c’est un point d’union de tous les progressistes, qu’iels soient révolutionnaires, réformistes au sens “pur”, autoritaires ou libertaires. Dans tous les cas, ce travail sera nécessaire, et porte ses fruits (l’exemple des lgbt-phobie en est un parfait exemple, beau choix).

    Je te rejoins sur l’analyse de la montée des idéaux anti-hiérarchie, même si j’ai ma théorie personnelle qu’ils sont pour partie présents en permanence (genre, le fait de détester quand ton chef te force à faire qqch que tu juges stupide, je pense que ça fait partie de ces idéaux et on ne peut pas l’arracher à l’être humain, ou alors c’est très compliqué). Ce qui change, c’est la conscience de ça, et la publicité (au sens de c’est public) de l’idée dans la société. Et j’espère que ça aboutira aux mêmes changements.

    Dernier point juste pour pinailler : perso, je côtoie trop de gens qui font des blagues hyper discriminantes pour estimer que ce n’est plus mainstream. Ce qui a réellement changé à mon sens, c’est que ces personnes qui rient grassement en te demandant si “T’es pédé ?” parce que tu t’es baissé face à eux ou parce que tu complimentes un mec sur sa beauté, quand elles sont confrontées à ça, elles disent bien qu’au fond, elles respectent (ou pensent respecter) les choix de chacun, elles en rient sans pour autant penser que ça devrait être interdit. Je n’ai pas vu les blagues et les insultes disparaître mais j’ai vu le fond des pensées changer malgré tout. Ce qui est peut-être mieux, je ne sais pas, en tout cas j’imagine que c’est plutôt positif.

    Sur les incertitudes face à l'équilibre liberté/coercition

    C’est sûr que c’est toujours un jeu de balancier entre ces deux aspects, aucun système n’est parfaitement d’un côté ou de l’autre.

    Léger désaccord sur le fait que les règles de prcédure pénales “sont bien”, je suis d’accord pour dire qu’elles sont mieux que ce qui est mis en place dans les faits et que les flics donnent beaucoup de raisons derrière le ACAB par leurs fautes personnelles. Mais bon, je trouverai ça quand même autoritariste et mauvais d’avoir un système où on peut emprisonner des gens en tant que punition, où les amendes ne sont pas indexées sur le patrimoine, où les flics sont autorisés à faire usage de la force dans un paquet de situations (même si c’est moins que ce qu’iels se permettent en vrai), etc.

    Autre désaccord : le fait que le débat “doive” être contradictoire, et que ça doive même être un débat. Pour moi, la vraie justice est réparatrice, pas punitive : ça peut passer par un débat s’il y a désaccord sur les faits, mais ça doit aboutir à une construction commune de solution, c’est ça l’étape nécessaire (si tout le monde est d’accord sur les faits, pas besoin de débat). C’est le défaut de notre système judiciaire je pense, c’est qu’il est binaire et qu’il donne intérêt aux parties à minimiser autant que possible leurs torts, et maximiser ceux de “l’adversaire”. Et un système qui pousse les gens à se déchirer, je trouve ça dégueulasse perso, d’autant plus quand ça se targue de s’appeler “Justice”. Ceci étant dit, oui, il faut une forme de tribunal en tant qu’instance médiatrice.

    Alors pour un révolutionnaire, ça ressemble peut-être à des discussions sur des détails bureaucratiques et administratifs. Mais je pense que c’est une erreur de croire que des grandes idées révolutionnaires peuvent remplacer ça. Oui, 100%, tout à fait d’accord, et ton point de vue sur la situation me semble être le point de vue de la personne pragmatique et rationnelle, qui ne veut pas risquer trop gros, et accepte d’obtenir moins en contrepartie. Et on est d’accord, le tort de beaucoup de mouvement révolutionnaires et le manque des théories révolutionnaires au sens large (même en dehors des révolutions armées), c’est la gestion de la lutte contre la violence.

    A titre personnel, je juge que l’idéal, ce serait d’impliquer le plus de monde possible dans ces “milices”, à des degrés plus ou moins impliqués, ce qui permet à mon avis :

    • d’éviter que ce soit uniquement les plus attirés par la violence qui s’en occupe
    • de recréer d’autres groupes si jamais une instance dérive ou disparaît
    • d’éviter les distinctions claires entre les gens qui ont du pouvoir et celleux qui n’en ont pas

    J’ai conscience qu’on peut y voir un risque de chacun fait sa loi, mais justement, je pense que ça c’est un problème dans le cas où personne ne s’oppose aux gens qui veulent se faire justice elleux-même. A l’inverse, si les gens sont formé.e.s pour désescalader les situations, maîtriser une personne, etc, on a plus de chance que des personnes capables d’intervenir soient présentes. Ça passe par beaucoup de formation et d’éducation, mais bon, je pense que c’est le moteur même du changement, fût-il révolutionnaire ou réformiste.

    • keepthepace@tarte.nuage-libre.fr
      link
      fedilink
      Français
      arrow-up
      1
      ·
      2 months ago
      Révolution du 4e type

      Alors la Suisse, je ne connais pas extrêmement bien son histoire, mais de ce que j’en ai compris, il y a eu suffisamment de villages qui se sont armés, de petites guerres qui se sont faites dans tous les sens, pour rendre à peu près impossible de soumettre une large population sans qu’il y ait une révolte généralisée qui s’organise entre gens bien armés.

      Avec une partie suffisante de la population qui ne souhaite pas se soumettre à un grand souverain et qui n’a pas réellement de velléité à soumettre ses voisins, ils ont formé cette confédération et gardé l’habitude d’avoir une force armée citoyenne.

      Alors je sais que quand on parle de mouvement révolutionnaire, on a plutôt tendance à parler du Chiapas ou du Rojava que de la Suisse. Mais si on parle purement de la théorie politique, il y a peut-être quelque chose à fouiller autour de ça.

      J’ai l’impression que c’est un petit peu une version plus réussie de ce que les États-Unis ont essayé de faire avec leur droit de porter des armes.

      Je pense que pour pouvoir envisager ce genre de choses, c’est surtout un changement culturel qui serait nécessaire. Parce qu’aujourd’hui, avoir une culture des armes, de l’armée et des affaires militaires, c’est plutôt vu comme un truc de facho. C’est assez peu présent à gauche. Pour envisager ce type de révolution sous nos latitudes, il faudrait déjà qu’il y ait un changement de mentalité de ce point de vue.

      Axes orthogonaux gauche-droite libertaire-autoritaire

      Ok, je n’avais pas compris ton propos sur le côté binaire de l’autoritarisme. Je pense qu’on est assez alignés, en fait.

      Bon, perso, moi aussi, les gens de droite libertaire, je les cherche un petit peu. Ceux qui prétendent s’en revendiquer en général ont des positions très incohérentes. Mon propos, ce n’est pas tellement de dire qu’il y a des gens libertaires de droite, c’est plutôt de dire qu’il y a des gens très à droite économiquement qui se foutent de l’aspect libertaire-autoritaire, tout comme il y a des gens qui vont être très libertaires qui ne sont pas nécessairement très à gauche économiquement.

      Et que idem, on peut être autoritaire en aimant les entreprises ou au contraire en les assujetissant à l’état. Certains font d’ailleurs une distinction autoritaire/totalitaire comme ça.

      Je ne pense pas que les axes sont tout à fait orthogonaux mais ils ne sont pas non plus parallèles. Tous les cadrans ne sont pas peuplés de la même façon. Je trouve qu’il y a quand même beaucoup plus d’autoritaires de droite que de gauche, mais ça me paraît quand même important de voir la différence.

      Dans mon cas, c’est surtout pour ne pas supposer que des idées économiques de gauche viennent automatiquement avec un bagage libertaire. Il faut s’en assurer séparément.

      Réformistes et révolutionnaires

      Comme je te dis, j’ai pas mal cheminé parce que je trouve que l’exemple de la Commune de Paris est intéressant: Ça a été la première fois où on a implémenté certains trucs comme l’enseignement public laïque mixte ou comme les pensions d’invalidité. Ça a été un changement progressiste brusque et soudain. Ils ont perdu au final, et derrière, il a fallu 20 à 40 ans réformistes (parfois des anciens de la Commune d’ailleurs) pour réatteindre le même point.

      De la même façon, aux États-Unis, il y a un exemple qui est souvent donné, qui est que la progression des droits des Noirs pendant la ségrégation n’a pu se faire que parce que ça se faisait à l’ombre du mouvement des Black Panthers, qui promettait, faute d’évolution réformiste, une vraie guerre civile. Il parait que le mouvement non violent de Ghandi avait un peu la même dynamique.

      D’un autre côté, les grèves massives, qu’on peut qualifier de révolutionnaires parce que pour certaines elles étaient illégales, de 1936, ont réussi à gagner grâce à des élections qui ont consolidé des droits sociaux et les ont inscrits dans la loi.

      Alors, est-ce que les réformistes peuvent progresser sans l’aiguillon des révolutionnaires ? Est-ce que les révolutions peuvent consolider leurs acquis sans donner de munitions aux réformistes?

      Je ne sais pas, et dans le doute, je m’abstiens de critiquer trop les révolutionnaires. Je sais juste que moi je serais au mieux un relais réformiste dans cette partition à deux mains.

      Justice, police, procédure pénale

      Alors attention, je ne prends pas la défense de toutes les lois. Je parlais du code de la procédure pénale, qui est la procédure par laquelle la police doit intervenir. Alors elle est perfectible, oui, et elle donne peut-être un petit peu trop de place à la violence, mais si déjà la police pouvait respecter ça, on aurait fait un pas énorme sans changer une seule ligne à la loi.

      Au passage, un truc que je trouve intéressant, c’est que le code de la procédure pénale, il explique également comment un citoyen ordinaire qui n’est pas en uniforme peut arrêter quelqu’un lorsque c’est nécessaire. Et c’est légal de faire une arrestation lorsque l’on suit le code de la procédure pénale. En soi, déjà, c’est un outil intéressant.

      Alors c’est vrai que j’ai été maladroit de parler de la justice sans parler du côté punitif, avec laquelle je suis aussi complètement en désaccord, mais je n’en parle pas trop, également faute de propositions alternatives concrètes à donner.

      Lorsque je parlais de contradictoire, c’était uniquement pour établir la réalité des faits, qui me paraît dans tous les cas essentiel. On n’a pas envie que les accusations à tort ne puissent pas être contredites et établir la vérité des faits, ça demande des outils et procédures assez complexes que la justice a déjà mis en place et qui sont en fait pas si mal.

      Sur le côté punition versus réparation, je suis tout à fait avec toi. Et je pense que là aussi, c’est quelque chose sur lequel la société progresse. Il y a de plus en plus de contestations de la prison. Mais il faut quand même admettre que la loi est probablement assez alignée avec la majorité de la population qui aujourd’hui ne comprendrait pas qu’on ne punisse pas par la prison beaucoup d’infractions.

      Mais là, mes idées ne sont pas très clairement formées. Dans l’idéal, il faudrait que la sanction ne soit pas décidée par un tribunal, mais que chacun décide un petit peu de comment y réagir, ce qui pose des milliards de problèmes aussi.

      Idem, je suis assez opposé au service militaire, mais un service civil qui force un petit peu chacun à participer aux missions de police, au lieu de les laisser aux gens qui sont les plus attirés par la violence, je trouve que ça aurait un intérêt, mais ça pose aussi plein de problèmes, c’est notament très coercitif, mais le rendre volontaire reproduirait les mêmes biais…

      Voilà, ce n’est pas des propositions, à ce jour, je fais attention à ma critique parce que je n’ai rien de très concret à proposer derrière.

      Techno-solutionnisme

      Je m’enflamme un peu sur l’histoire de l’IA parce que ça fait depuis les années 90 que je rêve que ces technos arrivent et que j’en vois le potentiel social et politique immense. Que ça faisait 30 que je mets en garde tout le monde qu’on devrait avoir les discussions politiques sur les changements que ça va impliquer et qu’on me disait que je parle complètement de science-fiction, que ça n’arriverait jamais, que c’est impossible. Et maintenant, il y a eu un 180 degrés total pour dire que en fait c’est évident et pas impressionant, que c’est le mal absolu, qu’on n’est pas prêt et qu’il faut un moratoire. Ça me fatigue un peu. On dirait que penser une évolution positive est une capacité complètement perdue collectivement.

      Sur la question écologique, je crois qu’à un moment, je vais assumer l’épithète de technosolutionniste. Mais pour moi, un technosolutionniste, c’est quelqu’un qui dit que pas la peine de diminuer le CO2 ou diminuer les consommations de fossiles, que de toute façon, la fusion va arriver et va tout résoudre. J’ai l’impression d’être quand même beaucoup plus modéré que ça, en disant qu’il faudrait déployer à grande échelle les technologies qu’on a déjà déployées à petite échelle et que le GIEC recommande. C’est une chose de dire que la fusion va nous sauver, c’en est une autre de dire qu’on peut combler tous nos besoins électriques avec des moyens décarbonés. Et qu’on peut électrifier la plupart des process.

      Je crois qu’il y a vraiment eu un glissement, en particulier sur Internet, où j’ai l’impression que les décroissantistes mènent un petit peu la barque à prétendre que quiconque pense qu’on peut faire mieux que diminuer notre consommation pour diminuer notre CO2 est un traître à la cause climatique. Alors que je trouve que la décroissance, ça ne va pas nous amener au bout du chemin. On peut diminuer les usages, mais à un moment, les usages restants, il va falloir qu’ils deviennent renouvelables aussi. Il va falloir électrifier les véhicules qui restent, même si on en utilise moins. Il va falloir rectifier les différents process et il va falloir que la production électrique soit entièrement renouvelable.

      Après, je commets aussi le péché de me projeter au-delà de la crise climatique et d’imaginer une société renouvelable dans laquelle on a une électricité produite de façon renouvelable et qui est abondante. Et dans un cas comme ça, en effet, il y a plein de problèmes qui disparaissent mais ça, ça fait hurler les décroissantistes qui refusent qu’on regarde au delà de leur apocalypse.

      Ça me fait dire que tout ce qui consomme de l’électricité, ce n’est pas quelque chose de problématique pour une société renouvelable à long terme.

      Mais bon, c’est aussi parce que j’ai pris l’habitude de discuter de détails assez techniques avec différents types d’écolos assez variés, que je me rends compte qu’il y a une grande variété et qu’il y a des courants qui sont quasiment religieux, il y en a qui sont conservateurs, il y en a qui sont progressistes, il y en a qui sont pro-techno, anti-techno, tu as des primitivistes qui sont franchement fascistes, il y a de tout.

      • Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
        link
        fedilink
        Français
        arrow-up
        1
        ·
        2 months ago
        Sur la Suisse

        Très intéressant, je ne connaissais pas l’histoire de la Suisse. J’en ai un gros a priori négatif sur le fait que c’est un système où les technocrates tirent leur épingle du jeu derrière une facade de démocratie très poussée, mais il faudrait que je m’y intéresse pour de vrai.

        Sur la révolution par les armes, je veux croire que justement c’est le dégoût des armes qui permet de diminuer les risques de dérives autoritaire d’un groupe armé. C’est peut-être idéaliste, j’y ai pas beaucoup réfléchi, mais c’est mon sentiment quand j’entends des camarades se plaindre que les gauchiasses n’aiment pas assez les armes.

        Sur l'utilité de l'axe lib/aut

        Ouaip, on est carrément d’accord, ça reste quelque chose d’utile en général pour l’analyse, même si on peine à trouver certaines catégories dans le vrai monde. C’est surtout très utile pour identifier les formes de dominations revêtues d’idéaux progressistes/sociaux (pour ne pas dire de gauche ;) ).

        Sur la relation entre réforme et révolution

        J’adhère complètement à ton propos, même si perso au final je me sens plus proche d’un révolutionnaire timide ou d’un maillon réforme-révolutionnaire, mais l’analyse me va tout à fait. J’ai vu beaucoup de gens dire “toutes les réformes ont marché grâce à la lutte directe, donc elles servent à rien” et à l’inverse “les actions violentes ont moins d’impact que les réformes”, et jamais aucun des deux ne m’a convaincu que seule la réforme ou la révolution comptait. Les deux semblent toujours coexister, et je pense qu’il faut d’une certaine manière appliquer le principe d’intersectionnalité à ce cas là aussi.

        Sur le système pénal

        Oui, ok, mes excuses pour avoir été aussi tâtillon, on est globalement en accord sur le fond, même si je suis beaucoup moins réservé sur le fait d’appuyer les principes que je juge bons sans avoir rien à proposer derrière.

        Pas mal intéressante, ton idée de service civique. J’y serai probablement opposé, mais c’est déjà plus intéressant qu’un service militaire, et ça permettrait à coup sûr un sacré brassage dans les forces de l’ordre. Pour le rendre moins coercitif, une option pourrait être de proposer plusieurs types de services civiques : par défaut, ce serait du maintien de l’ordre, mais on peut faire comme ce qui était proposé aux objecteurs de conscience à une époque, et ce qui correspond au service civique en place actuellement, de l’aide auprès d’assos ou de services publics, qui en ont clairement bien besoin en ce moment. Ce ne serait pas parfait, mais bon, le plus on laisse le choix, le moins c’est coercitif à mon sens.

        Sur le technosolutionnisme

        Honnêtement, je suis passionné par ta position sur le sujet. Clairement, je suis anti-technosolutionnisme, et je pense que je le suis parfois avec excès ou radicalité, selon le point de vue. J’avais un a priori très fort sur ces considérations, que je considérais comme l’exclusivité de gens de l’industrie hors-sols, et je n’avais jamais pris en compte que quelqu’un avec qui je partage autant de valeurs puisse arriver à des conclusions aussi différentes (raison de plus pour laquelle je trouve ces échanges hyper enrichissants, merci encore). Du coup ça remet vraiment en perspective ma manière d’aborder la question, même si pour être franc ça ne m’a pas du tout fait changer d’avis.

        Liste de points en vrac :

        • clairement, une bonne partie de la réaction anti-IA se fait faute de préparation. Ceci étant dit, mon instinct me dit que même avec de la préparation, les gens seraient aussi vent debout, peut-être moins, mais quand même significativement. Les gens sont vent-debout contre les énergies fossiles, et on a bien eu le temps d’étudier la question.
        • il y a clairement une tension entre puristes de la décroissance et puristes de la technologie. Je pense qu’on est d’accord pour dire qu’on ne s’en sortira pas sans un peu des deux, la question est surtout plus de l’un ou plus de l’autre.
        • il y a effectivement au-delà des puristes de la décroissance des primitivistes qui me terrorisent.
        • je pense qu’il y a deux sens à technosolutionnisme, comme pour le reste : le technosolutionnisme “pur” qui est effectivement “on a rien besoin de faire, les technologies futures vont tout résoudre”, et un technosolutionnisme “large” qui est plus “on peut agir maintenant avec les technologies que nous avons actuellement à notre disposition”. On est clairement d’accord pour dire que le second est bien plus mesuré que le premier.
        • Je ne sais plus d’où je tire ça, y’a moyen que ce soit de sources biaisées, donc à prendre avec prudence, mais il me semble que les recommandations un peu plus “techno-friendly” du GIEC sont en partie poussées depuis que des spécialistes issus de l’industrie s’impliquent dans le GIEC (après une ptite recherche, cet article de Radio France semble indiquer qu’il y a bien eu une inclusion des recherches industrielles qui a mené à une mise en avant de plus de solutions technologiques. Rien de tranché, c’est loin d’être des méchants capitalistes qui veulent voler notre âme avec des puces 5G, mais voilà, juste pour nuancer leur apport sur cette question).

        Je ne sais pas si c’est parce que j’ai consulté plus de sources pro-décroissance, mais j’ai le sentiment que l’électricité ne peut pas être la solution parfaite. L’argument principal étant que la fabrication du matériel a un impact énergétique et environnemental fort. Alors, même en mettant de côté les affirmations abusives des pro-décroissances, et le fait qu’aujourd’hui une bonne part de cet impact énergétique et environnemental est dû aux énergies fossiles utilisées qu’on pourrait remplacer par des énergies vertes à l’avenir, il reste des problèmes de consommation énergétique et de pollution. C’est quasi-renouvelable, mais comme je ne sais pas trop quantifier la différence impliquée par ce “quasi-”, et j’ai l’impression que personne ne le sait, je suis un peu rebuté par les solutions techniques. A l’inverse les solutions de décroissance sont pleinement renouvelables, même si insuffisantes en elles-même (à moins d’être ce genre de primitiviste anti-contraception parce que c’est trop technologique, beurk). Du coup je préfère miser au maximum sur un truc sûr (la décroissance), et compléter avec un truc pas sûr (les technologies), que l’inverse. (bon, j’ai bien conscience que ce n’est “sûr” qu’en termes matériels/mécaniques, et que ce n’est absolument pas gagné parce que c’est une bataille sociale et psychologique où on part perdant.e.s).

        C’est aussi pour ça que je tiens pas mal à la distinction low-tech/high-tech : typiquement, tout ce qui est à petite échelle, qui inclut la réutilisation de matériel, l’ouverture et la compatibilité des systèmes je l’appelle low-tech, et la grande échelle, le top de la technologie, l’effervescence des systèmes de pointes, je l’appelle high-tech. Je suis enchanté par les trucs low-tech (installer Linux sur les PC de mes proches, faire mon propre serveur plutôt qu’utiliser ceux de Google, les projets des gens des Fablab, les ateliers de fabrication de drones en Ukraine, etc.), et inquiété par les trucs high-tech (toute la merde autour de Windows 11, la progression de ManifestV3, les promesses d’OpenAI, les usines de fabrication de drones en Ukraine/Russie, etc.). Je pense que c’est parce qu’à mes yeux, le low-tech est beaucoup plus compatible avec la décroissance, alors que le high-tech l’ignore ou s’y oppose. Du coup, autant je suis convaincu par l’approche que tu fais de l’utilisation de l’IA au quotidien et au plus près des besoins des gens, autant je reste très opposé à l’idée de compter sur les progrès en IA pour changer nos sociétés en mieux dans leur ensemble, parce que j’ai l’impression que le premier est plutôt côté low-tech et le second plutôt côté high-tech.

        • keepthepace@tarte.nuage-libre.fr
          link
          fedilink
          Français
          arrow-up
          2
          ·
          2 months ago

          Bon, on dirait qu’on a pas mal échangé et qu’on tombe d’accord sur beaucoup de choses au niveau politique. En tout cas, c’est un bon exercice, ça me fait progresser de discuter comme ça. Tu ne te rends pas compte de tout ce que j’écris avant de le résumer dans ces messages, et ça donne quand même des tartines. Donc merci de me forcer à réfléchir un peu et mettre en forme toutes ces choses. C’est marrant, il nous reste du coup la discussion technologique qui va exploser en plusieurs points du coup!

          Avant ça, juste un petit mot sur la Suisse.

          Tout n’est vraiment pas parfait dans la société et la culture suisse, qui est, il faut le rappeler, un des derniers pays qui a donné le droit de vote aux femmes. Mais je trouve que c’est un des systèmes démocratiques les plus avancés dans les équilibres qu’ils ont.

          Notamment leur système de votation, qui ressemble pas mal aux propositions qu’il y a derrière le RIC, et qui permet même de changer la constitution. C’est à mon avis quelque chose qui change complètement l’équilibre des pouvoirs et qu’il ne peut être que positif à avoir dans un pays.

          Je ne suis pas du tout convaincu que leur organisation militaire, avec toute la population (masculine, je crois), réserviste, soit une cause ou une conséquence de leur système démocratique. Mais tes remarques sur les révolutions du quatrième type m’ont fait penser que peut-être il pouvait y avoir un lien. C’est juste une hypothèse que je pose là, j’en sais absolument rien.

          technosolutionnisme large?

          Ce que tu appelles le technosolutionnisme large: “on peut agir maintenant avec les technologies que nous avons actuellement à notre disposition”, pour moi, c’est juste de l’écologie. C’est le fait d’avoir une politique énergétique. C’est le fait de s’autoriser à penser qu’on est capable, par des politiques publiques, de changer le mix énergétique.

          Son opposé serait quoi? se refuser des plans d’action efficaces alors qu’on aurait les technologies pour les faire, au prétexte que c’est une solution technologique? C’est pas idéologique, voire carrément obscurantiste, comme point de vue?


          Mes problèmes avec le décroissantisme. En 4 parties, parce qu’on peut pas nester des spoiler (ce qui est surement plus raisonnable pour notre santé mentale à tous les deux)

          1. C'est vague

          Mon premier problème c’est le côté vague. C’est un peu comme le fait de se dire “anti-système”. Ça mélange énormément de choses. Ça mélange décroissances de la pollution, de la consommation, du PIB, de la richesse, du confort, de la population…

          Il faut dire de quelle décroissance on doit parler. Moi, je suis pour la décroissance de la pollution, je suis pour la décroissance du CO2.

          Je suis même plutôt radical en la matière, car pour moi le but de la société à moyen terme, c’est d’arriver à zéro CO2, zéro pollution. C’est d’arriver à une société renouvelable, c’est-à-dire qu’elle ne prélève pas plus que ce qui se restaure, et elle n’émet rien qui ne fasse pas partie d’un cycle soutenable.

          Je pense que ces objectifs sont extrêmement difficiles à atteindre sans une croissance du PIB, sans une croissance de la production d’électricité, et (probablement) sans une croissance de la production d’énergie en général. Mais on peut me convaincre du contraire avec des scénarios quantifiés. Pour l’instant, je n’en ai pas vu de crédible.

          2. Ça inverse postulat et conclusion

          Mon deuxième problème, c’est qu’il y a dedans une forme d’imposture intellectuelle.

          La plupart des décroissantistes que j’ai rencontrés veulent sincèrement une vie plus simple et une vie plus sobre, un rythme plus tranquille. Ce qui est quelque chose que je comprends tout à fait, parce que c’est aussi mon aspiration.

          Là où on diverge, c’est quand ils prétendent que ce désir vient d’un raisonnement écologique. Alors que très souvent, c’est l’inverse: Ils ont décidé de ce qu’ils veulent, ils essayent de trouver des arguments écologiques pour dire qu’il faut aller dans cette direction et ils rejettent véhémentement toute proposition pour atteindre les buts écologiques qu’ils mettent en avant, mais qui ne passent pas par la ‘solution’ qu’eux souhaitent.

          C’est une préférence et il faut assumer que c’est une préférence.

          C’est un peu comme si je disais que pour résoudre la crise climatique, il faut qu’on abandonne les logiciels propriétaires et que tout le monde passe à des logiciels libres. Je peux faire pas mal d’arguments pour montrer que le libre a un impact énergétique moindre que le logiciel propriétaire mais ce ne serait pas honnête de rejeter toute solution qui peut avoir un impact climatique et qui ne passe pas par des logiciels libres. Ce serait extrêmement contre-productif que je proteste contre l’installation de panneaux solaires juste parce qu’il y a un firmware propriétaire dans leur contrôleur.

          3. Ça ne résout même pas le problème!

          Si on divise par 3 notre consommation pour diviser par 3, voire plus, nos pollutions, on est quand même en train de polluer, on est encore en train d’émettre. Le but, c’est d’arriver à zéro, pas à 30%. Il va falloir faire une transition qui va forcément être une transition technologique, pour transformer la petite consommation qui nous resterait après cette décroissance en une société réellement renouvelable.

          Les ambulances, elles auront quand même besoin d’exister et ce sera bien qu’elles soient électriques. Les machines vitales et les productions vitales, il va falloir qu’elles continuent de tourner et il faudra qu’elles tournent avec une énergie renouvelable. Vraisemblablement qui passe par une production d’électricité propre,

          4. C'est du solutionnisme

          On est d’accord que c’est tout à fait déraisonnable de dire qu’on se fout des émissions de CO2 parce que la fusion va venir bientôt. Bon, la fusion, elle va probablement venir, mais elle va mettre un certain temps à venir. 40 ans, 50 ans, c’est pas raisonnable de l’attendre et de miser dessus.

          Je trouve que politiquement, la décroissance, c’est au niveau de la fusion en termes de connaissances et d’implémentation pratique. On n’a pas vraiment d’exemple de politique publique qui ont amené une décroissance brutale des consommations. Je suis d’accord qu’en théorie, ça pourrait probablement marcher avec pas mal de volontarisme politique, mais en fait, on n’a aucune idée de l’impact du coût ou de la temporalité.

          Miser sur cette approche, ça me parait carrément aussi incertain que de se dire que ITER est notre seul salut.

          Alors qu’à coté de ça on a des exemples de changements technologiques qui ont amené à des transitions rapides dans les usages et les émissions. Le passage de la France au nucléaire en est un exemple flagrant. Le Texas qui est en train de sortir du charbon (là pour le coup, carrément en dépit de politiques publiques pour le maintenir), c’en est une autre.


          le quasi-renouvelable

          C’est quasi-renouvelable, mais comme je ne sais pas trop quantifier la différence impliquée par ce “quasi-”, et j’ai l’impression que personne ne le sait, je suis un peu rebuté par les solutions techniques.

          Là, je pense que je peux t’aider.

          Là encore, on gagne beaucoup à quantifier les choses et à bien les définir.

          L’inconfort devant ce côté vague et jamais tout à fait clairement défini, il vient du fait qu’on mélange pas mal de choses dans la comptabilité de la pollution. Là, pour l’instant, je vais faire comme si on ne parlait que du CO2, qui est le défi principal mais, petit disclaimer, je sais que ce n’est pas le seul, mais cette conversation est déjà assez longue comme ça, donc pour l’instant, je ne parle que de ça.

          Les gens qui essayent réellement, sérieusement, de diminuer leur impact, ils ont plusieurs niveaux d’émissions qu’ils essayent de diminuer. Ils appellent ça les scopes 1, 2 et 3.

          Scope 1: tu émets toi, physiquement, directement, du CO2: tu brûles de l’essence dans un camion, tu brûle du fioul dans ta chaudière.

          Scope 2: tu utilises de l’éctricité, et donc cause une génération de CO2 qui dépend du mix énergétique de où tu te trouves

          Scope 3: Par ton activité, que ce soit parce que tu as acheté des choses ou parce que tu en as vendu, tu causes une activité qui n’aurait pas eu lieu sans ça et qui émet directement du CO2.

          Ce qui rend difficile les conversations sur une société renouvelable ou sur les efforts que les entreprises ou les particuliers doivent faire ou sur les responsabilités des États, c’est qu’en fonction du niveau où tu te places, tu dois avoir une comptabilité différente.

          D’un point de vue individuel ou du point de vue d’une entreprise, tu peux agir sur ces trois scopes pour diminuer ton impact. Et si l’écologie t’intéresse réellement, c’est ce qu’il faut faire.

          Par contre, si ton but est d’imaginer l’utopie vers laquelle on doit tendre et qui soit complètement décarbonée, c’est-à-dire qui émet vraiment 0 CO2, pas un petit peu, pas 99% de moins qu’aujourd’hui, mais vraiment zéro, Alors, tout ce qui doit t’intéresser, c’est que tous les acteurs aient un scope 1 de zéro.

          Les transports n’émettent pas de CO2. Les producteurs d’électricité n’émettent pas de CO2.

          Si tu as ces deux prérequis, alors les émissions indirectes de la plupart de tes productions arriveront à zéro. Et c’est pour ça que c’est un tel enjeu pour les gens qui veulent réellement faire une transition énergétique. On doit avoir une production d’énergie qui est renouvelable et on doit avoir un maximum de véhicules électriques. Pas seulement les voitures, mais surtout les camions.

          C’est les deux enjeux majeurs pour décarboner la société.

          Il restera des problèmes dans certaines industries comme la cimenterie qui ont des process qui émettent du CO2 et qui ne sont pas forcément directement électrifiables. Mais le poids de celle-ci dans les émissions indirectes est tellement faible par rapport au transport et à l’électricité qu’en général, on ne les compte même pas.

          Je suis d’accord que quand tout le reste sera à zéro, il faudra s’attaquer à ça et il faudra commencer à le compter. Mais vraiment, la magnitude du problème est là vraiment toute autre.

          une bonne part de cet impact énergétique et environnemental est dû aux énergies fossiles utilisées qu’on pourrait remplacer par des énergies vertes à l’avenir, il reste des problèmes de consommation énergétique et de pollution.

          En fait, je suis souvent confronté à une espèce de serpent qui se mord la queue quand j’ai des discussions sur la décarbonation de la production d’électricité. On me dit que les éoliennes ou les panneaux solaires, ça a des émissions indirectes. Mais ces émissions indirectes sont liées à la production d’électricité. Et on suppose qu’elles sont faites dans un pays qui a un mix carboné, comme la Chine typiquement.

          Rien de ce qu’on fait dans notre société aujourd’hui ne peut être renouvelable en tenant compte des émissions indirectes, par définition, parce que notre société émet du CO2. La transition énergétique, on devra la faire en émettant du CO2. On doit se donner un budget CO2 pour cela. Encore une fois, c’est quelque chose que l’on peut quantifier et qu’on doit essayer de minimiser, mais dire que la transition doit se faire sans émettre de CO2, c’est dire qu’on ne doit rien faire et ça, ce n’est pas quelque chose que je trouve être une opinion particulièrement écologiste.

          Notre but doit être d’arriver à une société qui n’en émette plus. C’est ça l’objectif écologique réel, c’est qu’on arrête de balancer du CO2 dans l’atmosphère. Notre but, c’est d’arriver au jour où le nombre de tonnes nettes émises dans l’atmosphère sera de zéro. Ce jour-là, on consommera de l’électricité sur des machines qui ont dans le passé été produites en émettant du CO2. Et cette électricité sera produite par des panneaux solaires qui ont été produits dans un mix énergétique qui a utilisé du CO2. Mais toutes leurs émissions de CO2 auront été dans le passé et ce sera enfin fini. Et toutes les choses que cette société produira à partir de ce moment-là aura des émissions indirectes de zéro et on sera arrivé à une société renouvelable.

          low-tech/high-tech !

          Alors, les low-tech, parlons-en parce qu’il y a beaucoup de choses à en dire. Et en faisant ça, on va reboucler sur la discussion sur l’open source qu’on a à côté. (et que je vais probablement attendre un ou deux jours avant d’avoir le temps de vraiment désosser.)

          Moi, je vois ce que sont les high-tech. Ce sont les technologies qui ont une chaîne de production complexe, qui se basent sur d’autres industries, qui se basent sur d’autres industries, pour arriver à faire des choses très difficiles à faire à la main dans un atelier.

          L’exemple typique de ce qui est high-tech, c’est la microélectronique. C’est ce qu’on appelle les puces en silicium qui se retrouvent à l’intérieur des composants intégrés. Pour faire de la microélectronique, tu as besoin d’une industrie chimique qui est capable de fournir de la matière avec une grande pureté. Tu as besoin de créer des salles blanches qui elles-mêmes sont des objets industriels complexes. Tu as besoin d’avoir énormément d’électronique et même de microélectronique de la génération précédente pour faire fonctionner les machines qui créent la microélectronique d’aujourd’hui.

          La première fois que j’ai entendu parler de low-tech, j’ai supposé naïvement que c’était l’opposé des high-tech. Donc c’est ce qui est faisable avec des outils simples dans un atelier, voire dans le cas extrême, c’est ce que tu arrives à faire si tu es en pagne dans la forêt. Beaucoup de bois, un peu de métal éventuellement. On s’autorise en général dans les low-tech de quand même s’appuyer sur de la petite industrie de métallurgie ou de menuiserie. Mais on y va très mollo avec l’électronique. Et c’est principalement des composants passifs.

          Bon, je pensais avoir compris ça. Et puis, j’ai vu ce terme arriver dans ma bulle de Fab Lab et de Hackerspace. Et en fait j’ai complètement décroché lorsque des gens ont commencé à me dire que je faisais de la robotique low-tech. Pour moi, la robotique, c’est un des trucs les plus high-tech qui existent: ça se base sur l’industrie de la microélectronique, sans laquelle on ne peut pas faire de bons contrôleurs moteurs, on ne peut pas faire de caméras, on ne peut pas faire de circuits programmables. Donc plus high-tech que la robotique, je ne vois pas. Alors pourquoi les gens me disaient que je faisais du low-tech?

          La première fois, j’ai supposé que c’est parce qu’ils ne savaient pas ce que ça voulait dire. Donc j’ai laissé couler. Et puis ça n’arrête pas de revenir. J’ai vu des gens parler de Raspberry Pi ou de Arduino comme des projets low-tech, alors que ça se base sur des puces, et dans le cas du Raspberry Pi, même des puces de génération plutôt récente.

          Et puis, dans le cadre d’un festival organisé par l’ADEME, où on avait été invité, on est tous allés assister à la projection du film documentaire Low-tech. Et là, j’ai enfin compris ce que ça veut dire.

          Ça veut dire que tu utilises une technologie que tu comprends et que tu maîtrises. Une technologie qui te libère plutôt qu’elle ne t’asservit à des fournisseurs.

          Ce n’est pas du tout un jugement sur le niveau technologique, en fait. Contrairement à ce que pas mal de gens, y compris les praticiens, pensent, ce n’est absolument pas le contraire de high-tech. A l’issue de ce film, j’ai posé une question bête. J’ai demandé, « mais en fait, ça veut dire open source et open hardware, low tech? »

          Je n’ai pas eu un seul contre-exemple.

          Et là, toi, tu me confirmes également cette impression. Le niveau technologique de Linux et de Windows 11 est identique. On pourrait même arguer que Linux est carrément plus avancé. Pourtant, tu le places en low plutôt que high tech. Tu considères qu’un ordinateur sur lequel Linux est installé est plus low-tech qu’un ordinateur sur lequel autre chose est installée, alors que c’est les mêmes puces à l’intérieur. Il n’y a pas de différence vraiment fondamentale entre ton PC et ceux de Google. En tout cas, pas au niveau de complexité industrielle nécessaire pour les produire.

          C’est absolument pas une discussion sur les niveaux technologiques qu’il y a avec ce débat. C’est une question sur le modèle économique et la propriété intellectuelle, sur l’appropriation du savoir.

          Et tu as raison sur une chose, c’est que le fait de savoir si les IA qu’on va utiliser sont ouvertes ou non est fondamental pour savoir si ça va changer nos sociétés pour le mieux.

          Mais ce n’est pas du tout un problème technologique, c’est un problème de gouvernance. Car les LLMs que j’utilise ont la même structure, la même architecture, et dans certains cas, quasiment les mêmes poids que les IAs fermées. Le premier LLM qui a été utilisé par une armée, c’était un LLM libre, GPT-J-6B, (de EleutherAI, aucun lien avec ChatGPT, on associe ‘GPT’ à OpenAI mais ils se sont acaparés le terme, qui est un nom d’architecture inventé par un lab racheté depuis par Google) qui justement permettait de finir son entraînement sur d’autres tâches.

          Franchement, chaque fois que vous avez envie d’utiliser les termes low-tech ou high-tech, je vous recommande de réfléchir à si vous parlez vraiment de la complexité de production d’un objet ou si vous n’êtes pas en train de parler de technologie propriétaire et de technologie libre.

          • Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
            link
            fedilink
            Français
            arrow-up
            2
            ·
            1 month ago

            Alors, désolé pour le temps que ça m’a pris de répondre, j’ai fait une première réponse, puis je me suis rendu compte que je me répétais beaucoup, puis que je manquais un peu de connaissances, puis la vie perso m’a pris du temps, bref, voici enfin une réponse.

            Du coup, j’ai été consulter quelques sources sur les questions de l’énergie, notamment ces trois ci-dessous :

            Je fais d’abord une première proposition de clarification sur les positions différentes sur l’axe technosolutionnisme/décroissantisme. Les termes sont pas forcément idéaux, c’est complètement mon invention pour essayer de clarifier le nuancier des positions (libre à toi de renommer ces catégories, si tu juges que certaines ne méritent aps leurs étiquettes) :

            • Technosolutionnisme pur : des technologies futures seront la solution, inutile de changer nos modes de production ou nos modes de consommation
            • Technosolutionnisme large : les technologies actuelles sont la solution, inutile de changer nos modes de consommation, changeons uniquement nos modes de production
            • Ecologisme “technique” : l’important est les technologies actuelles, changeons d’abord nos modes de production, et changeons les modes de consommation à la marge
            • Ecologisme “social” : l’important est la diminution de la consommation, changeons d’abord nos modes de consommation, et changeons les modes de production restants
            • Décroissantisme pur : la diminution de la consommation est la solution, inutile de changer nos modes de production, changeons uniquement nos modes de consommation

            Pour être franc, de ces 5 catégories, j’ai surtout rencontré les 3 du milieu. Les décroissantistes “purs”, qui veulent 0 technologie, je connais quelques groupes, mais j’en ai jamais rencontré. Les technosol’ purs, je connais deux trois fous-furieux outre-Atlantique, mais j’en ai jamais rencontré.

            Je pense que ta première question s’attaque au Décroissantisme pur, et que si on veut répondre à cette attaque, on pourrait se concentrer sur les aspects du Technosolutionnisme large qui sont quasiment les seuls qu’elle aborde, alors qu’en réalité, on serait plutôt deux partisans de ce que j’ai appelé Écologisme, toi de son pendant technique, moi de son pendant social. Et dans l’essentiel de ton message, je pense qu’il y a beaucoup de points qui ciblent surtout le Décroissantisme pur, et en y répondant j’avais surtout envie de répondre en critiquant le Technosolutionnisme large, alors que, selon moi, on défend des positions beaucoup plus proches l’une de l’autre, et beaucoup plus nuancées. Je range notamment dans cette catégorie les points “Postulat/conclusion” et “Ça ne résoud pas le problème”.

            Sur le mélange des décroissances et la décroissance "totale"

            La multiplicité des sens de “décroissance” est un fait, ça dépend évidemment de ce qu’on met derrière. Pour la plupart des catégories (j’exclus population, qui est dans mon expérience un débat très différent, et qui n’existe pas vraiment parmi les écolos que je connais), je pense qu’on peut défendre un modèle où toutes ces décroissances s’opèrent en même temps. C’est en tout cas ce qui me semble désirable, même si j’ai beaucoup moins de connaissances techniques que toi. Ce serait un peu comme l’intersectionnalité des luttes, on aurait une intrication revendiquée des différentes diminutions : de la consommation, donc de la production, donc des émissions, et par extension du PIB (avec remise en question de notre modèle économique qui repose sur une croissance constante), et par extension de la richesse et du confort tels qu’ils sont définis aujourd’hui (ou bien si on veut être plus précis, une diminution de la liste des prérequis et des élements considérés comme contribuant au confort).

            Sur le fait que la décroissance des émissions implique une augmentation de la consommation en énergie, d’après les infos que j’ai trouvées c’est pas forcément le cas. Les scénarios que j’ai trouvé partent soit sur une stagnation soit sur une diminution.

            Sur l'inversion postulat/conclusion et l'honnêteté intellectuelle des gens

            A titre personnel, j’ai l’impression que ce n’est pas par pure mauvaise foi que les gens vont chercher des arguments plus ou moins bons contre des innovations technologiques à impact environnemental réduit, je pense que c’est une différence de rapport à la science. Une chose est sûre, le discours scientifique, et donc technologique, n’est jamais tranché : ça peut être partiellement dû à des marchands de doute, mais c’est aussi le coeur du discours scientifique. Il a toujours des limites, des biais, des angles morts. Et en tant que simple intéressé-e, on est toujours exposé-e à des publications qui relativisent telle annonce ou nuance telle avancée, si bien que quand on a pas le temps et/ou les capacités de se plonger dans tous ça, on en tire simplement un sentiment d’incertitude. Opposé à ça, on a une équation radicale, moins de consommation, c’est moins d’émissions et de pollutions. Si en plus ça va de pair avec une relative remise en main du contrôle (la décroissance, c’est à toi d’en faire une partie, les solutions technologiques, l’essentiel des personnes n’ont pas à agir), ça construit une alternative qui permet de comprendre pourquoi les gens peuvent être méfiants face aux solutions technologiques : pile, c’est à moi de le faire et ça va forcément aider, face c’est quelqu’un d’autre qui s’en occupe et j’ai pas de certitudes sur l’étendue de son efficacité.

            Je vais nuancer immédiatement ce que je viens de dire, c’est bien dans la tête des gens, pas dans les faits. Factuellement, on est d’accord que dans l’ensemble les énergies renouvelables sont une amélioration par rapport aux fossiles en matière d’émissions.

            Pour reprendre ton exemple de logiciel propriétaire qui peut aider, ce serait contre-productif de protester contre le logiciel propriétaire si comparé à une alternative libre, seule l’efficacité et la licence changeaient. Mais si on commence à rajouter qu’il finance un milliardaire aux moeurs douteuses, que des associations estiment qu’ils ont un peu surestimé les réductions d’empreinte carbone, que son déploiement nécessite de construire une infrastructure de réseaux plus grande, etc., ça peut être assez pour que les gens se demandent “et si on diminuait juste notre utilisation de ces logiciels ?”. C’est pas une solution dans tous les cas, mais c’est juste pour dire que c’est pas toujours illégitime de préférer la décroissance de la consommation à un changement de technologie, surtout si on prend en compte les aspects sociaux et environnementaux en plus des seuls aspects techniques.

            Sur la faisabilité de la décroissance de la consommation

            Plusieurs points distincts me font dire que d’assimiler le Décroissantisme pur à du solutionnisme, et à plus forte raison les Écologismes social et technique, c’est au mieux approximatif, au pire de mauvaise foi. Ceci étant dit, je reconnais qu’on a plus de plans précis pour l’Écologisme technique que l’Écologisme social. Voici les points qui me chiffonent :

            • L’absence d’exemple n’implique pas la même chose dans le cas de la fission et de la décroissance de la consommation : dans le premier, on ne sait juste pas quoi faire. Dans le second, on sait quoi faire, on ne sait juste pas ce qui est optimal/efficace.
            • On a un (mauvais) exemple de politique publique qui réduit les émissions par le biais de la réduction de la consommation : le confinement. C’était même pas l’objectif, et c’est clairement pas ça qu’il faut faire, mais bon comme quoi c’est possible.
            • Le scénario que j’ai consulté (négaWatt 2022) incluait tout un pan de mesures que je classe dans la “décroissance de la consommation” (que le rapport regroupe sous le terme “Sobriété”, sa catégorie soeur étant “Efficacité”, donc plus sur l’électrification et les solutions technologiques). Ne pas avoir d’exemple n’implique pas de ne pas avoir de plan, bon ou moins bon, à mettre en place tout de suite (contrairement à la fission).
            • Ça ignore beaucoup de problèmes environnementaux et sociaux de se concentrer pays par pays, c’est cool qu’on baisse nos émissions localement, mais si c’est pour délocaliser la production et donc les émissions, bah c’est à nuancer voire à annuler. Par exemple, il me semble que le nucléaire n’a pas empêché l’empreinte carbone du français moyen d’augmenter au tournant du siècle, même si ça baisse depuis. Alors que la décroissance, elle, joue sur tous les tableaux, émissions locales et importations.
            Sur les stratégies d'électrification et le budget CO2

            D’abord, merci beaucoup pour l’explication détaillée, elle pose des concepts et des termes qui me sont bien utiles. Par contre, je pense que dans la première partie, le point est manqué : on est bien d’accord que l’électrification permet d’éliminer la grosse partie des émissions, mais dans le passage que tu cites, je parlais justement des émissions (et surtout plus généralement des pollutions) résiduelles, qui resteront même une fois qu’on aura passé l’essentiel du système en full électrique.

            Ensuite, pour la question du budget CO2 (qui est une excellente manière de présenter les choses), je pense qu’on est tous les deux d’accord pour dire qu’il faudra en passer par là, et personne que je connaisse personnellement dans les cercles écolo ne prône le 0% d’émissions immédiat (du reste, je n’en connais pas non plus en ligne ou dans les livres). A mon sens il n’y a pas d’approche qui dise qu’on a pas de budget C02 à se donner, et la différence entre les deux “Écologismes” que j’ai identifiés me semble être la suivante :

            • Écologisme technique : il faut d’abord électrifier l’intégralité de notre système de production, et le budget CO2 doit être adapté en fonction, en étant le plus petit possible
            • Écologisme social : il faut d’abord un budget CO2 le plus petit possible, et l’électrification de notre système de production doit donc se faire partiellement, les usages superflus devant être abandonnés.

            Du coup il y a sans doute des positions intermédiaires entre les deux, mais c’est comme ça que je vois les choses.

            Sur high-tech/low-tech

            Merci énormément pour cette présentation, ça me permet de connaître des sens et des histoires plus précis de termes que j’utilisais toujours avec une définition assez vague.

            Je pense qu’effectivement l’usage que je fais de ces termes n’est pas du tout la complexité de production d’un objet technique. Par contre, je pense qu’elle ne recoupe pas exactement les notions de propriétaires/libres. Par exemple, si un produit était propriétaire, mais avait une documentation très poussée, une conception qui le rendait compatible avec de nombreux autres objets (et surtout d’autres vieux objets), et une bonne disponibilité de pièces détachées/d’extensions, je pense que je le classerais plutôt dans le low-tech. Après t’avoir lu, je me suis dit “oui, en fait, je ne parle pas de complexité technique de production, mais de complexité technique d’usage”. En gros, je ne décris pas la complexité de la chaîne de production nécessaire à l’objet dans l’absolu, je pars de l’objet dans son contexte, et je regarde à quel point il me serait compliqué de l’utiliser (et surtout de continuer à l’utiliser en cas de problème). Effectivement, ça recoupe les objectifs des logiciels libres, mais je pense que c’est une échelle plus large : les technos libres font partie de ma définition du low-tech, mais ce n’est pas un prérequis d’être libre pour être low-tech.

            • keepthepace@tarte.nuage-libre.fr
              link
              fedilink
              Français
              arrow-up
              1
              ·
              1 month ago

              Aucun souci pour le délai dans les réponses. Parfois, c’est moi qui ai besoin d’une semaine parce que des choses se passent. Là, c’est parfait. Ton message arrive au moment où je n’avais pas envie de bosser. Donc, j’y mets un peu de temps, mais je ne répondrai pas toujours aussi rapidement.

              propriétaire libre

              si un produit était propriétaire, mais avait une documentation très poussée, une conception qui le rendait compatible avec de nombreux autres objets (et surtout d’autres vieux objets), et une bonne disponibilité de pièces détachées/d’extensions, je pense que je le classerais plutôt dans le low-tech.

              ainsi que, je suppose, le droit de le modifier/réparer? Tu viens de décrire les principales libertés que les licences libres proposent d’implémenter :-) La différence est juste que dans le libre, il y a une licence qui vient imposer ses libertés et empêcher un retour en arrière sans que ça dépende du bon vouloir des ayant droits.

              Décroissantisme pur et technosolutionnisme

              Je ne pense pas construire un homme de paille lorsque j’attaque des décroissantistes purs.

              Les critiques sur les véhicules électriques sont quand même monnaie courante, que ce soit sur Internet ou dans la vie. Et leur focalisation sur les émissions à la production, chaque fois me donne franchement l’impression de nier l’idée qu’on doit se permettre un budget CO2 pour une transition.

              Sur l’arbitrage entre mode de consommation et mode de production: en fait, je pense que je suis technosolutionniste selon tes définitions.

              Vu que pour moi le but est qu’on émette zéro CO2, qu’on émette zéro pollution et qu’on soit 100% renouvelable, si on arrive à ce stade, alors la consommation n’est plus un problème. Quelqu’un qui roule en voiture solaire peut bien faire 10 fois plus de kilomètres, ça ne pose aucun problème à la planète. Idem, quelqu’un qui a des productions d’électricité renouvelable peut bien climatiser ses pièces à 16 degrés, ça ne cause aucun problème.

              Alors bien sûr, dans la période de transition qu’on a aujourd’hui, ça va aider de se rationner. Ça permettra de diminuer le budget de CO2 dont on a besoin pendant cette période de transition. Mais dire que ça doit être un changement sociétal à long terme, non, je trouve que ce n’est pas nécessairement vrai.

              A mon avis, il y a plein de changements dans les modes de consommation qui sont souhaitables et dont on doit débattre, comme par exemple le végétarianisme. Par contre rationaliser des contraintes artificielles desquelles on va sortir dès qu’on sera sortis des fossiles, ça, je n’en vois pas l’intérêt et je pense même que ça peut être dommageable sociétalement.

              Un des exemples qui me vient en tête, c’est les voyages internationaux. En avion, c’est clairement un gros poste d’émission de CO2, donc je comprends qu’on décide de limiter ça.

              Par contre, il ne faut pas partir de cette contrainte pour se mettre à rationaliser l’idée selon laquelle ce serait négatif que des jeunes soient exposés à d’autres cultures. Pour moi, les échanges internationaux en Europe via Erasmus, ça a été un immense facteur d’intégration et de paix. Et je trouve qu’on doit souhaiter un futur où ce genre de pratique est renouvelable plutôt qu’un futur où ce genre de pratique est absente.

              De plus politiquement, et psychologiquement, je pense qu’au contraire, la transition sera d’autant plus rapide et d’autant plus facile à accepter que l’on promeut des modes de vie confortables et durables.

              Le solutionnisme décroissantiste

              Je viens de regarder le plan transport du scénario Négawatt. Il se base en partie sur le déploiement de l’hydrogène dans les véhicules. 75% des poids lourds en 2050. C’est carrément du technosolutionnisme là.

              Alors moi ça ne me gêne pas qu’on suppose que dans quelques dizaines d’années il y aura des nouvelles technologies. Ce serait même extrêmement déraisonnable de ne pas le supposer. Mais c’est un petit peu hypocrite de s’autoriser ça pour les technologies qui nous plaisent et de se l’interdire pour celles dont on a décidé qu’elles n’évolueraient pas.

              Il suppose également une baisse de 9% par an de la distance parcourue par habitant en France. Et là, je dois t’avouer que je trouve ça encore plus spéculatif que le déploiement de l’hydrogène ou de la fusion à long terme. Là, c’est quelque chose dont on n’a aucune idée de comment on va le faire.

              Certes, on sait que des leviers existent, mais enfin, il faut 20 ans pour faire une ligne de tramway dans une grande ville. Les innovations à mettre en place politiquement et économiquement pour que ça se passe plus vite, c’est du domaine de la science-fiction.

              En tant que techno-utopiste, je veux bien croire qu’en 2100, on ait réussi à trouver des méthodes d’organisation qui font que ces chantiers peuvent avancer plus vite, mais ça me paraît extrêmement déraisonnable d’utiliser ça pour résoudre une crise urgente.

              C’est ça que je trouve solutionniste. Je pense que les calendriers sur la fusion sont assis sur des théories bien mieux testées que les calendriers décroissantistes.

              Pardonnez nos émissions!

              A titre personnel, j’ai l’impression que ce n’est pas par pure mauvaise foi que les gens vont chercher des arguments plus ou moins bons contre des innovations technologiques à impact environnemental réduit, je pense que c’est une différence de rapport à la science.

              J’ai une autre théorie: J’ai l’impression que pour beaucoup d’écolos, ils ont recyclé une mentalité catholique de l’absolution par l’expiation.

              Il y a cette idée que la pollution a été causée par un excès de consommation et que l’on doit pardonner nos fautes via un refus volontaire du confort. Je ne sais même pas si c’est particulièrement catholique comme mentalité, c’est en tout cas religieux et de la pensée magique.

              Si tu leur vends un scénario où leur confort n’a pas besoin de changer et on peut réparer la biosphère, ils supposent qu’il y a une arnaque. C’est trop beau pour être vrai. Et surtout, moralement, l’équation karmique n’est pas équilibrée parce qu’on a causé un dommage par notre insouciance et on ne l’a pas réparé par une souffrance.

              Si tu leur dis qu’en fait avec des voitures électriques qui se rechargent au solaire pendant la journée, on peut multiplier par 10 les kilomètres qu’on fait par habitant sans que ça embête la planète, ça leur paraît impossible.

              Seulement voilà, l’équation morale est imaginaire alors que l’équation d’émission de CO2 est réelle. L’univers se fout de la souffrance humaine.

              pollutions résiduelles

              Sur les pollutions résiduelles, Le problème, c’est que chaque pollution individuelle est un problème différent. Chaque fois avec des solutions différentes qui impliquent des discussions différentes. Les obligations, les textes sérieux ne parlent pas de CO2, ils parlent de gaz à effet de serre en incluent énormément d’émissions. Je ne crois pas être particulièrement biaisé en disant qu’il y a un certain consensus pour dire que le CO2 est le plus gros problème et que si on arrive à le résoudre, les autres devraient être plus faciles et seront même probablement résolues dans la foulée.

              Et pour l’angle qui nous intéresse, si on a pu résoudre le CO2 sans décroissance radicale, on ne devrait pas en avoir besoin pour les autres pollutions non plus.

              • Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
                link
                fedilink
                Français
                arrow-up
                1
                ·
                17 days ago

                Salut ! Désolé pour ce délai très long, j’avais rédigé une réponse, mais je ne sais pas si c’est que j’ai oublié de la poster ou qu’elle s’est perdue dans les tuyaux, mais a priori elle n’existe pas côté Piefed. En voici donc une 2e ! Pour résumer, je suis un peu pris de court par ton message, qui me rend franchement sceptique tant sur la pertinence des arguments avancés que sur la bonne foi de tes positions.

                Propriétaire/libre vs High-tech/low-tech

                On est bien d’accord. Simplement, dans le sens que je leur donne, le côté libre/propriétaire est l’aspect théorique/légal (même si ça a évidemment des conséquences pratiques, genre ça encourage grandement le libre à être plus facilement réutilisable), le côté high/low-tech est l’aspect pratique, c’est une nuance subtile mais qui me paraît importante si on discute du sens exact qu’on donne au mot.

                Décroissantisme pur et technosolutionnisme

                J’ai pas mal de problèmes avec les arguments que tu avances.

                • Je ne crois pas que tu fasses d’homme de paille en attaquant le Décroissantisme pur, c’est justement ce que j’ai dit. C’est bien ta cible, mais tu concentre ton argumentation sur ce mode de pensée, tout en semblant donner à ton propos une portée qui cible aussi l’Écologisme social (et même l’Écologisme technique a priori ?). Si ça devait être un sophisme, ce serait plutôt celui de la motte castrale : alterner entre la défense de deux positions, l’une facile (critique d’un décroissantisme bas du front), l’autre plus complexe (critique d’un décroissantisme intégré dans une évolution technique).
                • Ça ignore tout ce qui sort des GES : tous les problèmes liés à la pollution lors de l’extraction des ressources, de l’usage (particules fines, gazs, etc), et de la gestion des déchets. Là où tu avais avant une posture qui me semblait raisonnable (“je me concentre sur les GES parce que c’est le plus gros problème”), tu me semble avancer ici à partir du postulat qu’une fois la question des GES réglée, il n’y aura littéralement aucun autre problème environnemental. C’est en tout cas ce qui me semble nécessaire pour avancer qu’on pourra rouler 10x plus sans poser de problème à la planète. Et du coup je suis clairement pas d’accord : autant supprimer les GES va grandement alléger le coût environnemental de nos vies, autant ça va clairement pas le faire disparaître pour autant.
                • Ça ignore les mécaniques à l’oeuvre dans les changements de nos habitudes : la décroissance implique des changements dans nos modes de vies, mais ceux-ci ne peuvent pas naître à grande échelle par pure rationnalité, genre tout le monde se rationne par choix et reviendra aux modes de vie précédents ensuite. Ils doivent s’accompagner de changements dans nos objectifs de vies, dans nos grilles de lecture du confort, de la richesse, etc., et j’imagine que c’est ça que tu identifies comme “changement sociétal à long terme”. Mais à mes yeux, ce n’est pas un objectif, juste un outil pour parvenir à un rationnement le plus rapide possible et qui ait une chance d’être bien vécu. Ce qui est nécessaire dans l’usage de cet outil, ce n’est pas d’avoir un changement effectif sur le long terme (aka quand on aura une société à basse émission), c’est d’avoir une vision long terme pour permettre aux gens de se projeter maintenant, ce qui me semble un prérequis à ce que les gens agissent maintenant.
                • La question du voyage me semble particulièrement mal choisie : déjà, le fait d’ériger les jeunes Erasmus en totem pour défendre les voyages en avions, ça me semble ou absurde ou de mauvaise foi. Ce n’est clairement pas les jeunes étudiant.es qui prennent le plus l’avion, et puis ce sont des trajets peu fréquents, tu les fais une ou deux fois par an, pas plus. Ensuite, c’est quand même bien abusé de défendre l’avion avec ça : c’est absolument pas un mode de transport nécessaire pour les voyages de jeunesse. On l’a pas attendu pour voyager, je veux dire, les jeunes voyagent dans d’autres cultures depuis au moins l’Antiquité. Et en fait, ça révèle une faiblesse totale de l’argument : même en prenant le dernier des primitivistes, pour qui une charette serait déjà trop avancée technologiquement, bah ça n’empêche pas de voyager, c’est genre l’histoire même de l’humanité.
                Solutionnisme et décroissantisme

                Je suis un peu confus en te lisant. Plusieurs points :

                • Le scénario Négawatt, je n’en prenais pas la défense. Au contraire, pour moi, c’était plutôt dans mes opposants, je le range dans l’Ecologisme technique, centré sur l’adaptation technologique. Si tu veux le remplacer par un autre scénario, fais toi plaisir, c’est juste le premier sur lequel je suis tombé, il n’a pas de valeur particulière.
                • A te voir démonter les deux aspects ce scénario, j’ai l’impression de te voir marquer un but contre ton camp. Tu dis d’un côté “les solutions techniques sont incertaines et donc solutionnistes”, de l’autre “les solutions sociales sont incertaines et donc solutionnistes”. Mais les solutions sociales ne sont pas là comme a priori, elles sont un outil qui leur permet de réduire la consommation générale et donc de diminuer les objectifs des solutions techniques. Autrement dit, si même avec des solutions techniques irréalistes, on a besoin d’une réduction de la consommation par des solutions sociales irréalistes, et bien ça voudrait dire que les solutions techniques irréalistes sont largement insuffisantes, et donc à plus forte raison que les solutions techniques réalistes seront complètement à la ramasse.
                • Ça ignore mon argument précédent sur l’absence d’exemple dans les sciences dures et les sciences sociales. Ne pas avoir d’exemple qui ont marché, c’est un obstacle majeur en science dure, on ne sait juste pas dans quelle direction aller. Pour des problèmes sociaux, on sait quand même où essayer, on ne sait juste pas ce qui sera efficace.
                Religion/pensée magique et écologie

                Je suis un peu décontenancé par cette théorie, qui me paraît au mieux fantaisiste, surtout pour être appliquée de manière générale au mouvement écolo.

                • Ça se base sur l’idée que les écolos et la décroissance, c’est un refus du confort, ce qui reste faux. L’objectif, c’est pas de se priver de confort, c’est de retrouver d’autres conforts, qui nécessitent moins de production et d’extraction de ressources. Pointer les défauts de la clim, c’est pas dire “il faut endurer la chaleur”, c’est dire qu’il faut privilégier d’autres modes de lutte contre la chaleur (arbres, maisons passives, contrôle sur nos heures de travail, etc.). Critiquer les avions, c’est pas dire “il ne faut pas voyager”, c’est dire qu’il faut voyager différemment (trains, randonnées, vélo, etc.), et potentiellement mieux. Je viens de taper un aller/retour en voiture, bah ça aurait sans doute été un plus beau voyage en train ou à pied.
                • Ça permet de complètement passer sous le tapis la responsabilité de l’industrie, des politiques, d’une certaine manière des scientifiques : les gens n’ont pas confiance dans les solutions miracles ? C’est forcément qu’iels sont dans un délire religieux de pénitence. Les mensonges répétés des industriels, les scandales répétés des politiques, les évolutions constantes de la science qui nuancent les connaissances précédentes ? Mais ça n’a strictement rien à voir voyons. C’est les gens qui sont débiles !
                • Ça insiste sur le fait qu’on a des moyens parfaits de réduiresupprimer les GES, qu’il n’y aura pas d’autres problèmes et que c’est une équation qu’on maîtrise, ce que je conteste toujours vivement (voir la suite).
                Les pollutions résiduelles

                Ce passage se veut une réponse à l’objection sur la concentration sur les GES comme seule mesure d’impact environnemental, mais je trouve qu’il y répond particulièrement mal (en fait, il écarte juste le problème).

                Je pense pas que tu sois biaisé en disant “les GES sont le gros problème”. Je pense par contre que tu fais une forme de contresens dans ton raisonnement, qui me fait penser aux gens qui disent qu’il faut d’abord faire tomber le capitalisme et que les autres oppressions tomberont facilement ensuite. Pour résumer :

                Formulation neutre Technosolutionnisme Marxisme-léninisme
                Il y a un gros problème, massif et centralisé Les GES Le capitalisme
                Il y a une série d’autres problèmes, plus diffus et diversifiés Les pollutions Les oppressions
                Ce qui permet de résoudre le premier permettra de résoudre les autres Résoudre la question des GES permettra de résoudre les pollutions Résoudre la question du capitalisme permettra de résoudre les autres oppressions

                Ça me paraît absurde de soulever leurs différences d’une part, pour dire que ce qui résoud l’un résoud l’autre ensuite.

                Il me semble qu’on a une approche fondamentalement différente de la question. Je ne sais pas si c’est que j’ai grandi avec des parents qui bossent sur les questions de biodiversité, mais j’ai grandi entouré de scientifiques qui remettent en permanence en cause les modèles des autres et leurs propres modèles. Iels parviennent à dessiner les grandes lignes, mais ne tiennent jamais aucune connaissance généraliste pour acquise. Je crois en avoir tiré une culture de la nuance, et je suis automatiquement méfiant devant toute affirmation trop généraliste et trop ambitieuse. Réduire drastiquement nos GES et limiter notre pollution ? Certainement. Réduire à zéro nos GES et solutionner suffisamment la pollution pour qu’on puisse multiplier par 10 tous nos usages ? Certainement pas.

                A l’inverse, j’ai l’impression que tu as plus une approche d’ingénieur, qui arrondit les variables, simplifie les systèmes, pour arriver à des solutions impeccables, mais ne revient jamais sur ce travail de simplification ensuite. C’est sûr que ça peut permettre de faire des choses vite et bien, mais c’est aussi pour ça que les objets techniques sont souvent moins efficace qu’ils ne nous sont présentées.

                Pour être bitchy, je pourrais retourner tes arguments contre toi, et t’expliquer que tu refuses juste tout changement de ta grille de lecture et de ton mode de vie, que tu “rejett[es] véhémentement toute proposition pour atteindre les buts écologiques [mis] en avant, mais qui ne passent pas par la ‘solution’ qu[e tu] souhait[es]”, que tu as remplacé la religion par une foi religieuse en la technologie et son omnipotence salvatrice, dans un mouvement “religieux et de la pensée magique” (si les ingénieurs disent qu’on peut faire ce qu’on veut, alors on peut faire ce qu’on veut). Mais en vrai je pense juste que tu as une attitude de résolution de problème qui en a indentifié un (les GES) comme seul problème à résoudre, et tu écartes tout ce qui pourrait faire dire qu’il n’y a pas de solution idéale à ce problème, ou que le problème n’est pas le seul.

                • keepthepace@tarte.nuage-libre.fr
                  link
                  fedilink
                  Français
                  arrow-up
                  2
                  ·
                  7 days ago

                  Hello, comme je dis, j’ai aucun problème à ce qu’on mette du temps. Si tu as besoin de faire une pause d’un mois, ce n’est pas un problème.

                  Le sujet m’intéresse, cette conversation m’aide à clarifier pas mal de concepts et ça m’inquiète de sembler être de mauvaise foi, c’est justement ce que je veux éviter. Perso j’ai été élevé dans le gout de la cohérence et l’exigence de changer de position quand des faits contredisent ce que je pensais savoir. Je vais essayer de comprendre où j’ai donné cette impression.

                  Pensée magique et écologie

                  Alors déjà pour évacuer ce truc, c’est juste une théorie que j’ai, c’est juste basé sur quelques anecdotes, c’est absolument pas solide et du coup c’est peut-être complètement faux.

                  Ça vient en partie d’une explication de Tzitzimitl qui expliquait dans sa grande cartographie des partis politiques que pas mal de mouvements écolos viennent en fait d’anciens mouvements de chrétiens de gauche.

                  Ça vient également en partie du fait que lorsque j’ai commencé à lire les propositions écolo à travers le prisme de l’expiation des péchés, ça avait soudainement beaucoup plus de logique.

                  Et ça vient également du fait que je trouve étrange que la décroissance de la population, (par la baisse de la natalité bien sûr, pas par un massacre de masse) soit un sujet absolument tabou chez les décroissantistes alors que c’est quand même un levier énorme pour réduire l’impact de l’humanité sur l’écosystème. Sachant que la bible est explicitement nataliste (“croissez et multipliez!”) ça expliquait aussi ça.

                  Alors voilà, c’est les trois éléments qui m’ont amené à croire à ce genre de théorie. Mais depuis que j’en parle, j’accumule aussi un peu les contre-arguments. Donc, je ne vais pas insister là-dessus. J’ai peut-être tort, ça demande un peu plus d’éléments cette histoire.

                  Le coeur du désaccord?

                  Sur le décroissantisme et le technosolutionnisme, peut-être qu’il faut revenir un petit peu plus en arrière au message où tu exposes tes cinq catégories.

                  En fait, je pense que je donne l’impression d’être de mauvaise foi, parce que je ne crois pas que ces catégories soient exactes. Du coup, on ne parle pas de la même chose et je parle de choses qui te paraissent imaginaires et qui te semblent changer de sujet. Je pense que j’aurais dû aborder ce désaccord de façon un peu plus frontale.

                  On semble d’accord pour dire que le décroissantisme un peu absolu, de dire qu’il faut diminuer tout sans réfléchir à quoi et à comment, c’est absurde. Du coup, je ne suis pas sûr qu’intégrer ça à un axe ait beaucoup d’intérêt.

                  Je dis clairement que je veux arriver à zéro de CO2. Donc assez clairement, je suis pour qu’on arrête les consommations et productions qui en émettent. Il faut arrêter de rouler en voiture thermique (pas juste réduire, arrêter et interdire), il faut arrêter de se chauffer au fioul, il faut arrêter de produire de l’électricité avec du charbon ou du gaz. Ce n’est pas une position que j’appelle décroissantiste et je n’ai pas l’impression qu’elle soit facilement plaçable sur l’axe que tu donnes.

                  Un autre désaccord clé

                  Réduire à zéro nos GES et solutionner suffisamment la pollution pour qu’on puisse multiplier par 10 tous nos usages ? Certainement pas.

                  Pourquoi pas ? On a plein d’exemples de technologies propres qui remplacent des technologies polluantes. Si tu as des panneaux solaires, à midi, mets ta clim à fond les fenêtre ouvertes, ça ne pose aucun problème de pollution. Zéro.

                  Si tu fais tes trajets en vélo, tu es d’accord que les kilomètres sont beaucoup moins polluants que si tu les faisais en voiture et que tu as le droit d’en faire 100 fois plus ?

                  Autre désaccord: La décroissance par changement culturel

                  la décroissance implique des changements dans nos modes de vies, mais ceux-ci ne peuvent pas naître à grande échelle par pure rationnalité, genre tout le monde se rationne par choix et reviendra aux modes de vie précédents ensuite. Ils doivent s’accompagner de changements dans nos objectifs de vies, dans nos grilles de lecture du confort, de la richesse, etc., et j’imagine que c’est ça que tu identifies comme “changement sociétal à long terme”. Mais à mes yeux, ce n’est pas un objectif, juste un outil pour parvenir à un rationnement le plus rapide possible et qui ait une chance d’être bien vécu.

                  Là, je pense que j’ai très sincèrement un désaccord. Ce n’est absolument pas un outil pour parvenir à un rationnement rapide. C’est une voie extrêmement lente. On a peu de changements culturels qui ne se fassent pas au rythme du renouvellement de la population, les changements profonds dans les modes de vie, il faut soit une guerre, soit plusieurs générations.

                  Je rappelle que je ne dis pas que ce n’est pas souhaitable. Je pense qu’il y a énormément de changements dans nos modes de vie qui sont nécessaires pour d’autres raisons et qui seraient plus agréables pour tout le monde. Mais ça ne peut absolument pas être un outil pour lutter contre le changement climatique vu la vitesse à laquelle on doit faire les choses maintenant. On n’est plus dans les années 90. On doit atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 25 ans. Une génération. L’objectif de l’UE c’est -90% (par rapport à 1990) d’ici 2040. 15 ans. 3 législatures.

                  Les seules solutions qu’on a dans cet espace de temps pour atteindre un tel objectif, elles sont technologiques. Et elles ne sont pas prospectives, ce n’est pas la fusion nucléaire, c’est des choses qu’on a: les véhicules électriques, les pompes à chaleur, le biofuel, les énergies renouvelables. 15 ans, c’est le temps qu’il a fallu à la France pour décarboner en très grande partie son secteur de production d’électricité. 15 ans, c’est le temps qu’il faut pour renouveler à peu près 75% du parc automobile, sans forcer.

                  Ce n’est pas une préférence personnelle qui me fait aller dans cette direction, c’est simplement le pragmatisme vis-à-vis de l’urgence de la situation.

                  Et ça me perturbe d’entendre dire que c’est solutionniste de proposer le déploiement de technologies qui existent et qui sont disponibles commercialement depuis des décennies.

                  pollutions résiduelles

                  Alors la raison pour laquelle je botte en touche sur les pollutions ‘résiduelles’, c’est que chaque pollution résiduelle est un problème moins grave mais par contre aussi complexe que le CO2, sur lesquels j’ai beaucoup moins de connaissances, beaucoup moins d’informations.

                  Quand je vois le temps qu’il m’a fallu pour bien comprendre ce que sont les problématiques liées au gaz à effet de serre, aux gaz qui attaquent la couche d’ozone, aux pluies acides, aux déchets nucléaires, je n’ai pas forcément l’enthousiasme pour refaire tout ce travail pour chacune des pollutions individuelles additionnelles, que ce soit les boues rouges, que ce soit l’oestrogène dans les océans ou les micro-plastiques.

                  Je ne sais pas ce que j’ai dit qui te fait croire que je pense que les autres pollutions vont magiquement disparaître une fois qu’on aura résolu le problème du CO2.

                  Ce que je dis, c’est que leur échelle n’est pas la même. Ce que je dis, c’est que si on réussit à résoudre le problème le plus difficile et le plus urgent, on devrait s’en sortir pour les autres. Une équipe qui aurait réussi à résoudre le conflit israélo-palestinien devrait s’en sortir pour résoudre un conflit de voisinage entre deux fermiers.

                  Le lobby du pétrole est bien plus puissants (et armé!) que le lobby de l’oestrogène ou même du plastique.

                  Ce que je crois par contre, c’est qu’une énergie abondante et renouvelable, qu’on aura si fait correctement notre transition énergétique, est un immense atout pour déployer des solutions alternatives dans à peu près tous les processus polluants. Si tu peux ventiler, trier, chauffer, centrifuger, refroidir, transporter, analyser, sans polluer, tu pars avec énormément d’outils pour résoudre le problèmes. Outils qui ne seraient pas là si chaque kwh était considéré sale. Et pour le coup, une décroissance de l’élctricité produite serait un gros handicap pour la lutte contre les autres pollutions.

                  L'approche ingénieur

                  A l’inverse, j’ai l’impression que tu as plus une approche d’ingénieur, qui arrondit les variables, simplifie les systèmes, pour arriver à des solutions impeccables, mais ne revient jamais sur ce travail de simplification ensuite

                  C’est pas complètement faux, sauf que je ne m’interdis pas de revenir dessus.

                  Mon approximation, c’est que l’impact environnemental des gaz à effet de serre est de plusieurs magnitudes plus important que les pollutions résiduelles, donc je néglige ces dernières tant que les GES sont là. Mon biais méthodologique, c’est de penser que la plupart des process polluants résiduels ont des alternatives non polluantes.

                  Je n’ai aucun problème à remettre en cause cette hypothèse de travail, mais à ce moment-là, il faut prouver:

                  1. Que ces pollutions résiduelles ne sont pas négligeables.
                  2. Qu’il n’y a pas d’alternative non polluante.

                  Et j’ai cette position et cette hypothèse de travail un peu par nécessité, parce que tu vas trouver des gens pour te dire que n’importe quelle production est absolument problématique et impossible à faire de façon renouvelable. Mais lorsque tu fouilles, leurs arguments sont juste absents. (et c’est pas un homme de paille, ça m’arrive tout le temps, IRL et en ligne). Dis-moi quel process cause quelle pollution et parlons-en.

                  Mais ce n’est pas une position de confort que j’ai en me mettant les mains sur les oreilles. J’ai eu à débattre de l’épuisement des ressources en cuivre, en gallium, en cobalt, en lithium. J’ai eu à m’intéresser, en particulier quand j’étais au Japon, de la pollution ‘résiduelle’ engendrée par l’industrie nucléaire. C’est chaque fois des débats longs et à force de voir des arguments mal sourcés et peu voire pas quantifiés, je me mets à trouver que la charge de la preuve est du coté des critiques.

                  sciences dures, sciences humaines

                  Ne pas avoir d’exemple qui ont marché, c’est un obstacle majeur en science dure, on ne sait juste pas dans quelle direction aller. Pour des problèmes sociaux, on sait quand même où essayer, on ne sait juste pas ce qui sera efficace.

                  Ça, je ne comprends pas du tout d’où ça sort. C’est même un peu le contraire. Sciences humaines et sciences dures restent des sciences. Elles ont la mêmes contraintes: elles doivent être conformes à la réalité. La différence principale est que les sciences dures ont tendance à avoir de meilleurs modèles prédictifs que les sciences humaines. C’est en grande partie lié à la facilité à faire des observations avec des variables contrôlées.

                  Si tu me donnes les plans d’une voiture électrique que tu veux construire, je devrais être capable d’avoir une assez bonne prédiction de ses capacités en terme de vitesse et d’autonomie.

                  Si tu me donnes 200 pages d’un rapport d’une commission parlementaire en vue d’implémenter une loi pour diminuer la consommation énergétique par un mélange d’incitations et de taxes, je n’ai pas de modèle solide pour savoir à quel point ça va fonctionner. Je veux dire, les modèles existent, mais ils sont beaucoup moins précis et ils se basent beaucoup plus sur la comparaison avec des exemples passés que, par exemple, un simulateur de résistance mécanique.

                  Un petit mot sur la «foi» pour finir

                  L’approche ingénieur, c’est l’inverse de ce que tu caricatures.

                  c’est de comprendre le problème, de le modéliser, de trouver une solution dans ce modèle et de vérifier si ça s’applique au monde réel.

                  Alors oui, il y a forcément un biais dans la façon dont on conçoit le modèle. Les ingénieurs STEM comme moi ont tendance à considérer plutôt les leviers technologiques qui sont à leur disposition.

                  Autant je veux bien discuter des biais dans la conception du modèle, autant l’approche, je trouve que c’est l’approche normale pour résoudre des problèmes. Je veux bien discuter de modèles qui intègrent des leviers différents, des outils différents. J’essaye moi-même d’intégrer ça dedans, mais dès qu’on va parler de choses politiques, économiques, les modèles sont moins précis. Ce n’est pas un problème, on prend des fourchettes plus larges, on augmente les incertitudes, mais il ne faut pas augmenter les incertitudes jusqu’à tomber dans l’imprécation et la pensée magique.

                  On a par exemple avec les chocs pétroliers des mesures de réduction de la consommation, d’adaptation. On a par exemple avec la crise des terres rares qu’a connue le Japon quand la Chine lui a fait un blocus en la matière, des données importantes sur comment des industries arrivent à s’adapter. Avec le Covid, avec le 11 septembre, on a des données aussi sur l’impact de la baisse des voyages. Ce n’est pas parce que c’est moins précis qu’on doit se permettre de se détacher complètement du réel.

                  Je parle de Négawatt. Quelque part, j’aime bien Négawatt parce qu’eux ont fait un modèle. Du coup, on peut critiquer leurs biais et on peut pointer du doigt les erreurs ou les paris. Idem pour le club de Rome qui a fait le modèle World3 qui a lancé tout le débat sur la décroissance et qui est complètement décorréleé de la réalité aujourd’hui.

                  • Takapapatapaka@tarte.nuage-libre.fr
                    link
                    fedilink
                    Français
                    arrow-up
                    2
                    ·
                    2 days ago

                    Salut, merci beaucoup pour ta réponse !

                    En lisant ton message, je reste sur mon désaccord, mais je pense en réviser les causes, je pense qu’on peut en écarter la mauvaise foi. En tout cas, je te vois arriver aux conclusions qui me dérangent en faisant un effort de compromis, ça ne peut donc pas être ça pour moi. Si jamais ça t’a heurté, toutes mes excuses ! J’avais sans doute été perturbé dans le message d’avant par des positions avancées sans pincettes. Par contre, je maintiens que la pertinence des arguments me semble vraiment faible pour soutenir qu’on peut se contenter de changements techniques, et que les changements sociaux sont entièrement optionnels, pour arriver à une société qui maîtrise ses impacts environnementaux (GES et autres).

                    Sur les liens religion/écologie

                    Oui, on peut clairement laisser ça de côté comme une simple théorie, et c’est ok d’avoir des théories un peu farfelues tant qu’elles sont bien présentées comme des théories, ce qui a toujours été le cas dans notre discussion. J’aurais quand même deux trois petits points à donner, même si c’est pas forcément pour te faire changer d’avis ou quoi :

                    • je maintiens que des théories farfelues ou improbables, c’est un bon moyen d’éviter de regarder ce qui peut provoquer des phénomènes de manière plus probable (en l’occurrence, d’où vient le manque de confiance dans les solutions tech)
                    • Corrélation n’est pas causation : la coexistence de mouvement religieux et écolos ne peut au mieux n’être qu’un signe d’un lien entre les deux. A l’inverse, beaucoup de cathos tradis sont anti-écolos, et beaucoup d’écolos sont anti-religieux (coucou 👋).
                    • Je suis un peu surpris de te voir parler de cette histoire de tabou autour de la réduction de la population, perso c’est quelque chose dont j’ai pas mal entendu parler. Dans mon expérience, les raisons pour lesquelles les gens l’abandonnent comme programme c’est que soit ça verse dans le massacre/famine/manque de soins (et dans ce cas on est dans les délires fachos qui gangrènent les primitivistes ou les mouvements comme Sea Shepherd, donc les gens tendent à s’en éloigner pour faire cordon sanitaire), soit ça verse dans le contrôle des naissances, et dans ce cas ça aurait été démontré que c’est globalement inefficace (déjà pour l’expérience chinoise, mais aussi pour le principe que les émissions économisées liées aux vies des enfants sont des émissions futures et pas actuelles). Je reste convaincu que réduire la population sera un avantage important pour plus tard, mais que c’est trop complexe et humainement dangereux pour être mis en place de manière pertinente, du coup je le relègue à la marge. Mais bon, j’en ai quand même pas mal entendu parler autour de moi quoi, et je trouve pas que ce soit un tabou, je me sens libre d’en parler.
                    Nos deux désaccords clefs

                    Effectivement, si on est pas d’accord sur le sens qu’on met derrière technosolutionnisme et décroissantisme, ça explique beaucoup de notre mécompréhension. Par contre, je ne comprends pas vraiment les points que tu soulèves dans le premier spoiler ? Les positions que tu avances (réduire les usages polluants) ne sont ni décroissantistes, ni non-décroissantistes, c’est ce qu’on fait à la place qui importe. Elles sont communes à toutes les catégories que j’ai proposées. Donc, si elles ne se placent pas bien sur l’axe, c’est précisément parce qu’elles sont sur la totalité de l’axe, et que c’est pas ça qu’il faut regarder. La question de la décroissance ou pas doit se comprendre d’un point de vue plus général pour être pertinente : si on on diminue X mais qu’on augmente Y pour le remplacer, dans l’ensemble on a rien diminué. Je veux bien que tu me donnes des définitions des catégories qui te conviennent mieux pour comprendre.

                    Sur la question du “0 pollution même à 10x la consommation”, il y a les deux exemples qui impliquent deux réponses différentes.

                    Pour la question solaire/clim, il faut d’abord rappeler que je parle bien de pollution dans l’ensemble, càd d’impact sur l’environnement, pas uniquement de GES. Mais comme tu utilises le mot “pollution”, je pense que tu l’as compris. Dans le cas des clims, il y a il me semble des GES qui s’échappent à l’usure. Les anciennes clims sont catastrophiques sur ce point, les plus récentes sont “mieux” de ce que j’ai pu lire, mais j’imagine que ce n’est pas 0 pour autant. Par ailleurs, le système électrique et la clim sont fait de métaux, de pièces en silicones, etc, qui vont être usés plus vite si tu les fais travailler à pleine balle. Au niveau sociétal, il y aura donc un plus grand impact environnemental s’il faut renouveler plus vite des appareils parce qu’on les a surutilisés, même si on élimine l’impact de l’énergie. Ça me semble quand même très basique comme raisonnement, d’inclure les pollutions à la fabrication et à la gestion des déchets dans la prise en compte des pollutions.

                    L’exemple du vélo pose une question différente, qui n’est pas celle du zéro pollution, mais du moins polluant. J’imagine que la question, c’est est-ce que 100km en vélo polluent moins que 1km en voiture, et j’imagine bien que oui (ou en tout cas, la réponse peut être oui, j’en sais rien, ça n’importe pas tant que la question est est-ce que ça pollue significativement ou pas). Par contre, ça ne produit pas 0 pollution.

                    Et pour répondre à ta question de manière générale, il y a des domaines dans lesquels les émissions et les impacts environnementaux ne dépendent pas pour l’essentiel de l’énergie, comme l’agriculture, et dans une moindre mesure la construction, dont je suis à peu près certain qu’on ne peut pas les multiplier par 10 sans problèmes.

                    Sur le décroissantisme par changement culturel

                    Alors, on est bien d’accord que cette forme de décroissantisme n’est pas la plus rapide, et n’est pas assez rapide pour être utilisée seule. On notera bien que je n’ai pas parlé d’un changement rapide, mais d’un changement “le plus rapide possible”. En gros, j’ai bien conscience que les avantages du décroissantisme ne se manifestent pas en un jour, mais on peut quand même désirer en profiter le plus tôt possible, même si c’est des années, et doubler de changements technologiques pour avoir des changements effectivement “rapides”.

                    Tu sembles aussi utiliser le “soit la guerre, soit plusieurs générations” pour balayer la possibilité d’un tel changement social, mais il faut bien noter que les guerres et les catastrophes en général, on commence à les voir pointer le bout de leur nez, et qu’on ne commence pas aujourd’hui, c’est un mouvement à l’oeuvre depuis une ou deux générations. Donc c’est pas si irréaliste, et ça irait encore plus vite s’il n’y avait pas des gens qui disaient “ça ne sert à rien, c’est impossible”, surtout quand ça n’empêche pas d’atteindre leurs propres objectifs (à moins que leur objectif soit de garder le même mode de vie).

                    Je suis tout à fait opposé à l’idée que ça n’est “pas un outil pour lutter contre le changement climatique” : déjà parce que c’est déjà commencé, comme dit précédemment, en plus parce que ça a d’ores et déjà un impact, même insuffisant et minime, et surtout parce que si les solutions techniques sont excellentes pour éviter des effets du changement climatique trop forts, il faut aussi noter comme tu le dis qu’on est plus dans les années 90, et que des effets, on va s’en manger quoi qu’il arrive. Et à ce titre, la décroissance est un outil qui facilitera grandement l’adaptation à ces effets dans les années à venir. Le seul objectif n’est pas la réduction, c’est aussi l’adaptation.

                    Enfin, sur la question du solutionnisme, encore une fois ça dépend de ce qu’on met comme définition derrière. Un bref tour sur des dicos en ligne semble impliquer une définition de ce type (Wikipédia pour la ref, mais d’autres donnent pareil) : Façon de voir ou d’espérer la solution à des problèmes comme des problèmes sociaux ou écologiques uniquement grâce à la technique. Perso, j’y mets derrière deux sens distincts, justement ce que je définis comme solutionnisme pur et solutionnisme large : l’un qui se base sur des technologies fictives, l’autre qui se base uniquement sur des technologies, fictives ou non. Si ça ne te convient pas, on peut redéfinir solutionnisme, mais il faut que tu en proposes une définition. Et à titre personnel, ça me paraît important d’utiliser ce terme et ses implications pour un changement purement technique (càd sans changement de modes de vie), parce que j’estime qu’il ne peut pas être la solution complète. Et je t’avoue que je n’ai jamais vu personne soutenir ça en fait, à part des gros cons climato-sceptiques. Tu es la première personne que je rencontre à le faire de manière raisonnée. Je serais curieux si tu as des sources sur le sujet, pour voir d’autres gens qui vont dans ton sens.

                    Sur les pollutions résiduelles

                    Je ne suis pas franchement convaincu par tes explications, je reste sur ma position précédentes. Je note bien que tu ne te contentes pas de balayer la question, tu essayes de t’y confronter, par contre je pense qu’il y a des travers cruciaux dans ton raisonnement, que je liste ici :

                    • à part pour dire (et à juste titre) “c’est compliqué comme sujet”, la multiplicité des pollutions n’est pas prise en compte, ou au moins pas tout le temps prise en compte.
                    • il y a une alternance au sein même de ton raisonnement entre une position qui estime que les pollutions sont des problèmes individuellement équivalent en complexité au problème des GES, et une position qui dit que c’est infiniment plus simple (d’abord c’est aussi complexe que le CO2, ensuite les GES sont le problème le plus difficile).
                    • les deux problèmes précédents culminent dans l’argument du “résoudre le conflit israélo palestinien permettrait de résoudre un conflit de voisinage”, qui me semble du coup à côté de la plaque. Déjà, le comparatif des pollutions doit être de plus forte intensité, genre pas seulement un conflit de voisinage. Et ce serait une série de problème, pas un seul. Une version plus appropriée me semble : “résoudre le conflit israélo-palestinien permettrait de résoudre les guerres de taxes entre pôles économiques, les tensions entre états membres au sein de l’UE, la crise anti-immigration d’Afrique du sud, et le recul des droits LGBT partout dans le monde”. Et tout de suite, ça me paraît beaucoup plus fragile, pour être gentil.
                    • la question d’une énergie propre abondante me semble trop distante pour être vraiment décisive ici. L’argument général va dans une bonne direction, mais il perd de sa force dans le contexte d’un questionnement entre solutions techniques et solutions sociales. L’important ce n’est pas l’abondance générale d’énergie, c’est leur disponibilité pour la dépollution. Et la corrélation entre abondance générale et disponibilité pour une tâche précise n’est pas linéaire : on peut avoir une société avec énormément d’énergie, mais si tout part dans l’industrie militaire parce que des guerres ont éclaté ou dans une société d’hyper consommation parce qu’on aura pas changé nos modes de vie, bah il y aura peut-être quasiment rien de dispo pour la dépollution. A l’inverse, une société qui produit moins d’électricité, si elle se calme sur la militarisation et la consommation, peut dégager plus d’énergie (mais aussi de temps et d’argent) pour la dépollution. Donc si il y a effectivement un avantage à avoir une énergie propre disponible (qui est présente dans tous les scénarios à l’exception du décroissantisme pur, je le rappelle, seule son abondance générale peut varier), cet avantage n’est pas strictement corrélé à la quantité d’énergie produite dans l’ensemble, en tout cas pas assez à mes yeux pour dire “ce ne sera pas un problème”.
                    sur l'approche ingénieur et les pollutions résiduelles

                    C’est vrai que tu ne t’interdis pas de revenir sur le travail de simplification, tu l’as montré à plusieurs reprises. Je ne voulais pas dire que tu te l’interdisais, mais que tu ne le faisais de facto pas (ce qui est faux en fait, en tout cas dans notre discussion). Ça vient surtout du message auquel je répondais je pense, notamment sur les pollutions résiduelles. J’imagine que ça peut être blessant, surtout au vu de ton intérêt pour l’argumentation : si ça a été le cas, je te présente mes excuses pour avoir été abusif au moins sur ce point là (potentiellement d’autres, n’hésite pas à pointer ceux que je ne vois pas).

                    Que les pollutions résiduelles ne sont pas négligeables, je vais m’abstenir de commenter là-dessus. Je pense qu’on sait tous les deux qu’il y en a beaucoup trop qui ne le sont pas. Et si on était pas d’accord, les exemples permettraient d’en parler j’imagine.

                    Qu’il n’y a pas d’alternatives non polluantes, je suis très curieux et intéressé. Ça me paraît une excellente idée de prendre des exemples, surtout si tu t’y connais un peu contrairement à moi. J’aurais deux questions pour toi :

                    • l’extraction de métaux : je n’ai aucune connaissance précise sur le sujet, j’entends juste dire que ça consomme beaucoup d’eau et rejette différents éléments, notamment métaux lourds et produits chimiques. Tu as l’air de t’y connaître là-dessus, et je pense que c’est un sujet sur lequel je gagnerais à apprendre.
                    • la production de tissus : j’y connais pas grand chose non plus, mais a priori soit c’est synthétique et ça nécessite du pétrole, soit c’est organique et ça nécessite différentes plantes, donc plus ou moins d’eau et tous les problèmes de l’agriculture. Est-ce qu’il y a vraiment une option dont les pollutions résiduelles soient négligeables ?
                    sur les sciences dures, sciences humaines

                    On est d’accord sur la moindre fiabilité des prédictions en sciences humaines, à plusieurs niveaux : déjà c’est plus dur de mesurer des conséquences, mais même avec des conséquences bien mesurées, c’est dur de prédire si elles se répéteront dans une situation donnée (en tout cas plus dur que dans d’autres sciences). C’est justement ce que je dis en disant “on ne sait juste pas ce qui sera efficace”.

                    Par contre, on a plein de pistes à essayer. En sciences humaines, on peut tenter des trucs et voir où ça mène : ça peut être contre-productif, mais il y a par défaut de bonnes chances que des décisions reposant uniquement sur des instincts aillent au moins dans la bonne direction, même si ça ne parvient pas à atteindre les objectifs. A l’inverse, au stade d’avancement où on en est dans les sciences dures, si on teste des choses au pif en espérant atteindre quelque chose de jamais atteint, on a très peu de chances d’arriver à quoi que ce soit. Une fois qu’on a atteint ce qu’on voulait, on peut le reproduire de manière très prédictible, mais il faut justement ces idées précises, ces plans de voiture électrique, avant de pouvoir raisonnablement espérer produire l’effet désiré.

                    sur la question de la foi

                    Je pense que la description de l’approche ingénieur que tu fais es correcte, qu’elle fait honneur à la profession, et qu’elle ne va pas à l’inverse de ce que je caricature. On décrit les mêmes étapes, juste toi sous leur meilleur jour et moi sous leur pire. Mais dans les deux cas, il y a bien l’idée d’isoler le problème, c’est-à-dire à la fois le traiter plus ou moins séparément de son contexte, et traiter les problèmes un par un.

                    Par contre, je pense que ce n’est pas la seule approche à la résolution de problème. On peut dire que c’est la plus instinctive ou la plus efficace si on veut, mais il y en a d’autres qui ont d’autres avantages : une approche scientifique qui vise à la complétion, et donc justement à la remise en question des modèles et des compréhensions des problèmes, et une approche politique qui a quelque chose qui est plus de l’ordre volontariste, et finalement assez proche de l’imprécation et de la pensée magique. Parce qu’en fait, la politique, c’est ça, qu’on le veuille ou non. Les États, les lois, les systèmes sociaux n’existent que dans nos têtes, même s’ils passent par de nombreux relais physiques. Ce sont des entités qui n’existent que parce qu’on dit qu’elles existent, et c’est à mon sens précisément ça qui les rend instables et imprévisibles, parce qu’elles dépendent grandement de ce que les gens disent et croient, et que c’est un foutoir pour prédire ça. Les révolutions et les changements sociétaux peuvent justement reposer sur des gens qui disent suffisamment “on va changer les choses” pour que les choses changent, en bien ou en mal.

                    Sur la question des modèles, est-ce que tu as des modèles qui font moins d’écarts que Negawatt ou World3 ? Je connaissais pas du tout World3, et je sais pas trop quoi en penser, la page wikipédia liste surtout des études qui disent que les prédictions étaient globalement correctes. Y’a beaucoup de critiques qui ont l’air légitimes, mais elles ont l’air de plus dater du XXe et les études qui vont dans le sens du modèle ont l’air plus récentes.